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Corée: Donald Trump et Kim Jong Un se déclarent prêts à une rencontre historique

Le président américain rencontrera en mai, lors d’un sommet historique, le dictateur nord-coréen qui a promis beaucoup mais n’a fait aucune concession importante.

Au début de l’année, Donald Trump menaçait encore ‘Rocket Man’ , alias Kim Jong-un, de son ‘gros et puissant bouton nucléaire’. Un peu plus tôt, il avait évoqué ‘la destruction totale’ de la Corée du Nord ou promis de déchaîner le ‘feu et la fureur’ contre le régime stalinien.

Moins de trois mois plus tard, et sans que la Corée du Nord n’ait procédé à la moindre modification concrète de sa stratégie, le président américain a annoncé, ce jeudi soir à Washington, qu’il allait rencontrer personnellement en mai, dans un face-à-face historique, kim jong-un, le jeune dictateur du pays ermite.

Cette proposition d’un sommet exceptionnel a été transmise directement à la Maison Blanche par les émissaires du président sud-coréen Moon Jae-in qui avaient, eux-mêmes, rencontré en début de semaine le leader nord-coréen à Pyongyang pour tenter de relancer des négociations sur la dénucléarisation de la péninsule.

Le calendrier exact de cette rencontre et le lieu de sa tenue n’auraient toujours pas été définis, a précisé la Maison Blanche.

Pour justifier cette rencontre surprise, Donald Trump a pointé dans un tweet les ‘grands progrès’ faits récemment sur le dossier nord-coréen. Il note que Kim Jong-un n’a pas seulement promis un gel de ses activités nucléaire et balistique mais aussi ‘parlé de dénucléarisation’. Il a précisé que les sanctions récemment mises en place contre Pyongyang resteraient toutefois en place jusqu’à un véritable accord soit trouvé.

Une annonce surprise

L’annonce de cette prochaine rencontre aura surpris une large partie de l’administration américaine qui avait jusqu’ici repoussé l’idée d’un dialogue direct. Quelques heures avant l’annonce d’un sommet décidé par Donald Trump, son secrétaire d’Etat Rex Tillerson avait lui-même rappelé que ces discussions n’étaient pas à l’ordre du jour. ‘Nous en sommes loin’, avait-il soufflé.

En Asie et aux Etats-Unis, la plupart des analystes sont tout aussi choqués. Ils rappellent que jamais un président américain en fonction n’avait jusqu’ici accepté de participer à un face-à-face avec un leader nord-coréen. Lorsque Bill Clinton et Jimmy Carter s’étaient rendus à Pyongyang dans le passé, ils n’étaient déjà plus en poste à la Maison Blanche.

Si plusieurs présidents avaient eux envisagé, un temps, un sommet avec Kim Jong-il, le père de Kim Jong-un, au cours de leurs mandats, ils avaient finalement tous refusé de peur de se retrouver manipulés par le régime stalinien.

‘Les sommets interviennent normalement à la fin d’une longue phase de négociation conduite à un niveau inférieur au cours de laquelle tous les détails sont abordés. Trump, qui est toujours en quête d’attention, plonge lui directement dans le sommet’, s’est étonné Robert Kelly un spécialiste des enjeux coréens à la Pusan National University.

‘Il y a de bonnes raisons de discuter mais seulement si l’on parle de concessions valables pouvant raisonnablement être vérifiées. Sinon, nous allons nous retrouver avec un échec diplomatique majeur’, a mis en garde William Perry, l’ancien secrétaire américain à la Défense, avant de pointer les échecs des négociations passées.

Un piège nord-coréen

Pour beaucoup, Kim Jong-un ne fait que reproduire la stratégie appliquée par son grand-père Kim Il-sung puis par son père Kim Jong-il qui enchaînaient les mêmes mains tendues et promesses d’assagissement pour soulager la pression économique et désamorcer les risques d’affrontement avant de reprendre leurs cycles de provocations et de menaces.

Depuis qu’il s’est engagé dans une trêve olympique début janvier, Kim Jong-un a ainsi beaucoup promis mais n’a fait aucune concession majeure. ‘Le gel des tests, l’absence de provocations sur sa frontière ou la reprise des réunions des familles séparées ne sont pas des concessions. Elles ne coûtent rien au Nord’, a insisté Robert Kelly qui ne peut croire que Kim Jong-un acceptera soudain d’abandonner son arsenal nucléaire qu’il a méticuleusement bâti et qu’il perçoit comme la garantie ultime de la survie de son clan à la tête de la dictature nord-coréenne.

A Séoul, le feu vert à un sommet a été salué par le gouvernement sud-coréen qui poussait depuis des semaines pour la relance d’un dialogue direct entre Pyongyang et Washington. Si la Maison Bleue, le siège de la présidence sud-coréenne, n’a que des espérances modérées sur l’issue de ces échanges, elle souhaitait en priorité faire retomber les tensions dans la péninsule en mettant fin à la périlleuse escalade des menaces entre Kim Jong-un et Donald Trump.

Le président Moon Jae-in avait été particulièrement alarmé par la popularité, à Washington, du scénario du ‘bloody nose’, ou ‘nez en sang’ qui aurait vu l’armée américaine organiser des frappes précises sur quelques objectifs militaires nord-coréens.

Avec la perspective d’un sommet entre Donald Trump et Kim Jong-un, cette option, qui risquait de déboucher sur un conflit catastrophique dans la région, est désormais repoussée et Moon Jae-in apparaît comme l’un des grands ‘gagnants’ de cette séquence.

L’embarras de Tokyo

Tokyo est beaucoup plus embarrassé par le revirement du président américain. Suivant jusqu’ici la ligne diplomatique de la Maison Blanche, le premier ministre Shinzo Abe ne cessait d’afficher publiquement sa fermeté et de rejeter toute idée d’un dialogue direct avec Kim Jong-un.

Ce vendredi matin, il a dû toutefois rapidement saluer ‘le changement de la part de la Corée du Nord’ expliquant que c’était ‘le résultat de la coopération entre le Japon et les Etats-Unis et entre le Japon, les Etats-Unis et la Corée du Sud, destinée à maintenir une forte pression de concert avec la communauté internationale’. Le chef du gouvernement a indiqué qu’il se rendrait le mois prochain aux Etats-Unis pour évoquer ce sujet avec Donald Trump.

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