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Intentions de vote à la présidentielle 2018: Félix Tshisekedi et Adolphe Muzito en tête de sondage

La fin du premier trimestre 2018 est dominée par un intérêt de plus en plus croissant des états-majors des partis politiques vis-à-vis du calendrier électoral. Les uns et les autres prennent conscience des enjeux électoraux à plus ou moins trois mois de la convocation de l’électorat alors que la Céni s’apprête à lancer à grande échelle la campagne de sensibilisation de la population à la machine à voter, laquelle fait objet des critiques dans certains milieux politique et au sein de la société civile proche de l’opposition.

Cette période est également marquée par des alliances contre nature tant dans l’opposition que dans la majorité, sans prise en compte du vrai poids politique de chacun dans sa base électorale. Le temps semble propice à une enquête par sondage pour récolter les premières intentions de vote au cas où la présidentielle aurait eu lieu le 11 mars 2018. C’est ce à quoi s’est livré l’institut “Les Points”, qui vient de publier son dernier sondage réalisé du 9 au 10 mars, dans les vingt-six chefs-lieux de la RDC.

Le travail a recouru à la méthode de quotas, autour d’un échantillon de mille enquêtés, représentatifs des couches sociales et politiques de la République, répartis en provinces selon le nombre de personnes enrôlées à la Commission électorale nationale indépendante (Céni) (voir fiche technique). Il en ressort les renseignements suivants :

Un taux d’abstention élevé

Au 10 mars 2018, les provinces de Tanganyika et du Haut Lomami battent le record des abstentions (80%), suivis du Haut Uélé et de la Lualaba (75%) alors que la Lomami, le Bas-Uélé, le Sankuru, l’Ituri …ne font pas exception (voir graphique 1). Cela se justifie par le fait que les éventuels candidats à la présidentielle de 2018 ne disposent pas de bases électorales potentielles dans ces provinces. Toutefois, des alliances faites sur mesure avec les  leaders de la société civile peuvent s’avérer fructueuses dans ces provinces.

Dans la seconde catégorie constituée des provinces à faible taux d’abstention se trouvent le Kwilu 7%; le Haut Katanga 12%; la Mongala 15%; Kinshasa 18%; Kasai central 23%; Maniema 23%… Ces provinces semblent acquises à la cause des leaders politiques qui y disposent d’un électorat potentiel. La possibilité d’une probable amélioration des cotes y est fortement réduite, dans la mesure où il n’est pas facile de détourner un électorat potentiel. Toutefois, avec un taux d’abstention de 39%, rien n’est encore acquis pour tous les supposés candidats. D’où la nécessité des alliances.

Tshisekedi premier, Muzito deuxième

La Constitution donne la chance à chaque citoyen de postuler à la magistrature suprême et nombreux sont ceux qui se lancent à l’aventure, les uns s’appuyant sur une base électorale certaine, des structures politiques ayant de l’ancrage sur le terrain et les finances bien garnies, d’autres juste pour rire. Dans ce deuxième lot, on enregistre les candidats qui se sont lancés précocement dans la précampagne pour la course à la présidentielle, bien avant la publication du calendrier électoral par la Céni. C’est le cas de Noël Tshiany de Force du changement, une plate-forme qui passe inaperçue dans l’opinion congolaise ; du Dr Mukwege dont l’ombre est réduite à son Mpangi natal avec 0,8% et Freddy Matungulu 0,5%.

Au bas de l’échelle, on retrouve Olivier Kamitatu, le chargé de la communication de Moïse Katumbi, qui peine à réaliser 0,8%. Incapable de s’exprimer dans sa langue maternelle, l’homme passe indifférent dans les rues de son fief électoral. Quant à Sindika Dokolo, l’homme du « Debout Congolais », il s’est trop vite essoufflé et trouve sa place au soleil  avec  0,4% malgré ses nombreux bruits dans les réseaux sociaux… En classement décroissant, Félix Tshisekedi arrive en première position avec 16,3%. A son actif, l’héritage d’un parti très implanté sur le territoire national. Comparativement à l’élection présidentielle de 2011 où Etienne Tshisekedi (son père) et alliés avaient réussi à glaner 32,33 %, Félix Tshisekedi et alliés enregistrent une perte de 50% qui se justifie par le poids politique du défunt Sphynx de Limete, poids non encore atteint par son fils. Aussi, les dissidences, notamment celle de Bruno Tshibala (0,1% dans ces intentions de vote), n’ont pas bousculé le parti. L’évidence est que l’alliance avec  Moïse Katumbi n’a pas connu l’adhésion d’un bon nombre des combattants de l’UDPS.

À la deuxième marche, Adolph Muzito crée une surprise avec 10,4%. Ce haut cadre du Palu a fait parler de lui depuis plusieurs années avec ses tribunes très appréciées dans les milieux académiques et intellectuels. Sa dernière tournée dans le grand Bandundu et le Kasaï, pour palper du doigt les réalités du Congo profond, a produit des effets très positifs pour son leadership politique.  Député national, il est venu au secours de la population du Kwilu et Kenge dont il a été le porte-parole dans l’affaire des vaches au moment où tous les politiciens du coin se réservaient d’aborder ce dossier « sensible ». A en croire les sondés, son message est proche de la population.

Classé troisième, Moïse Katumbi réalise 9,7% d’intentions de vote. Il est très contesté par les combattants « de souche » qui le considèrent comme un cheveu dans la soupe. Dans le grand Katanga, son ancienne province d’origine, la population de Lualaba ne lui pardonne pas le fait d’avoir puisé ses minerais et d’avoir laissé la province dans une pauvreté aiguë. Il enregistre la forte cote de 50% dans la ville de Lubumbashi parmi les nombreux supporters du Tout-Puissant Mazembe, généralement les jeunes badauds… Sans aucune formation politique de base qui lui est acquise d’office, l’homme se lance dans des alliances dites “éléphants blancs”, comme en 2006 où Pierre Pay Pay, pourtant bien côté dans l’opinion, avait été floué pendant la période de la campagne électorale par les mêmes personnes qui sont aujourd’hui derrière Moïse Katumbi.

Bien qu’absent de Kinshasa depuis longtemps, Jean-Pierre Bemba fait 6,1% et perd plus de 35% d’intentions de vote par rapport aux élections de 2006. Ce qui est logique au regard de son incarcération prolongée à la Haye. Cependant, il se place devant Vital Kamerhe, pourtant permanent et présent dans tous les rendez-vous politiques au pays.  En bon acrobate politique, le chef de l’UNC, Vital Kamerhe, a compris que plus personne ne veut d’une alliance avec le « Judas ». D’où l’idée du soutien à la candidature unique afin de ne pas disparaître politiquement après l’élection de 2018. Mis en ballotage par Bahati Lukwebo dans le Sud Kivu (côtes relatives, 38% contre 12% dans le Sud Kivu), il réalise 4,1% d’intentions dans l’ensemble et connaît une chute de 3,64% comparativement à l’élection présidentielle de 2011.

Matata Ponyo, le joker de la MP

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Premier à sortir la tête pour le compte de la majorité présidentielle (MP), Matata Ponyo Mapon, malgré la controverse suscitée autour de sa thèse. L’homme de la croissance économique n’a pas convaincu les Congolais. Classé sixième au hit parade avec 3,4%, il réalise sa forte cote dans son Maniema natal où ses actions ont un impact visible et durable. Malgré ses 60% dans sa province, Matata Ponyo a une tâche ardue face à ses frères du Maniema, difficiles à convaincre (Kwetu Maniema akutokeboyi) pour ainsi dire qu’il n’y a pas des serviteurs qui doivent recevoir des ordres. Le terrain risque d’être compliqué pour l’homme qui a énormément investi dans sa province. Son électorat s’arrête dans sa province car il passe inaperçu ailleurs. Bahati Lukwebo, l’électron libre de la MP, parfois difficile à gérer, selon ses camardes, relève la tête avec le réseau de son parti et stationne à 2,7%.

Une deuxième surprise dans ce rapport est Martin Fayulu dont les vociférations ont payé face aux autres membres de l’opposition. Selon les enquêtés qui lui font confiance, Martin Fayulu rassure. Même s’il n’est pas de l’école d’Etienne Tshisekedi, il est néanmoins sur ses traces. « Des opposants pareils sont rares sen RDC. », a confié un enquêté. Arrivé en huitième position avec 2,1%, Martin Fayulu précède Aubin Minaku avec qui ils vont se disputer l’électorat dans le grand Bandundu. Le speaker de la chambre basse du parlement, faible au niveau national, réalise 1,8% d’intentions de vote.

Malgré les alliances contre-nature conclues ces derniers jours, il est hasardeux de procéder à la sommation des cotes des candidats appartenant à un camp politique pour lui attribuer les intentions de vote globales. Il est à noter que les intentions de votes ne sont pas prédictives absolues des résultats des urnes. Ce sont des instantanés qui fournissent des indicateurs pouvant aider les candidats à orienter leurs stratégies pour gagner aux élections.

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