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Kenya : face à la menace shebab, des enseignants préfèrent déserter les classes

Ces derniers mois ont enregistré un regain de d’attaques des islamistes shebab dans les régions du Kenya frontalières de la Somalie. Inquiets pour leur sécurité, des centaines d’enseignants ont jeté l‘éponge.

Le 16 février, le shebab somaliens faisaient une incursion musclée dans une école primaire du comté de Wajir, dans le nord-est du Kenya. Ce jour-là, deux enseignants ont été tués. Depuis, la région assiste à un exode massif d’enseignants.

Selon les chiffres de la Commission des enseignants du Kenya, 329 enseignants ont été transférés ailleurs pour leur sécurité. Beaucoup d’autres sont partis par leur propre volonté. Au total, 917 enseignants d‘écoles primaires ont quitté la région. Tous étaient des enseignants qui ne sont pas de confession musulmane, principales cibles des Shebab.

Conséquence directe, au moins 224 écoles primaires et 42 écoles secondaires du comté de Wajir n’arrivent plus à fonctionner normalement. A Mandera, la situation n’est pas plus reluisante.

Les enseignants dorment dans la salle de réunion du Syndicat national des enseignants du Kenya depuis près de deux mois et passent leurs journées à camper dans les bureaux de leur employeur, la Commission des enseignants du Kenya, dans l’attente d’une meilleure protection.

En dépit du niveau élevé de menace, ces enseignants reprochent du reste au gouvernement de ne pas faire assez pour assurer leur sécurité. Même reproche adressé par les policiers kényans aux autorités.

Pourtant, pour Abdullahi Boru Halakhe, un expert dans la lutte contre l’extrémisme violent qui s’adressait à l’Associated Press, la fermeture en masse de ces écoles sera considérée comme un “succès” par les Shebab.

Faire avec du local

Depuis toujours, en effet, l‘école et l‘éducation ont été considérées comme un puissant antidote au discours extrémiste et violent des groupes djihadistes. Sans éducation et livrés à eux-mêmes, les enfants deviennent dès lors des proies faciles lors du recrutement de militants extrémistes.

Encore plus dans la région du nord-est considérée comme l’une des plus marginalisées du Kenya. La région a fait les frais de sa tentative de faire sécession pour rejoindre la Somalie dans les années 1960 jusqu‘à ce que la nouvelle constitution du Kenya, en 2010, garantisse la décentralisation, et donc un budget autonome pour le développement de chaque région.

Quoique, ce nouvel épisode et ce sentiment d’abandon que pourraient ressentir la communauté locale peut être un alibi pour les Shebab pour mettre aux prises communauté et gouvernement.

Si le gouvernement envisage de recruter 1 200 enseignants assistants pour combler le déficit actuel, de l’avis d’Abdullahi Boru Halakhe, cette solution ne sera pas efficiente, ne serait-ce qu‘à moyen terme. Il préconise plutôt de former des enseignants locaux, donc de confession musulmane, et de renforcer la sécurité sur les espaces scolaires.

Image d’archive

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