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Kenya : la rupture d’un barrage engloutit deux villages

Mercredi 9 mai, vers 21 heures, les habitants de la localité de Solai, à 200 km au nord-ouest de Nairobi, ont entendu « comme une énorme explosion ». Quelques minutes plus tard, un raz de marée emportait deux villages, maisons par dizaines, écoles et pylônes électriques, en plein milieu de cette zone agricole de la vallée du Rift. Le barrage de Solai, qui alimentait une importante ferme de la région, n’a pas résisté aux intenses précipitations qui touchent le Kenya depuis plusieurs semaines : l’ouvrage, situé en haut d’une colline, s’est brisé. L’eau et la boue qu’il retenait se sont répandues sur un rayon de 2 km.

Malgré l’intervention, une bonne partie de la nuit, des services du comté et de la Croix-Rouge, le bilan s’élevait jeudi 10 mai en fin d’après-midi à au moins 41 morts, dont 20 enfants. La Croix-Rouge kényane indiquait jeudi matin sur son compte Twitter avoir transporté 39 personnes à l’hôpital, tandis que des opérations de secours continuaient toute la journée.

« Les familles touchées sont des foyers pauvres, majoritairement des gens qui travaillaient dans cette ferme. Ils n’ont plus rien. La première chose à faire sera donc de leur fournir de la nourriture, ainsi que des matelas et des couvertures », a déclaré à la télévision le gouverneur du comté de Nakuru, Lee Kinyanjui. Il a précisé que des inspections seraient menées quant à « l’intégrité » de cette structure et des deux autres barrages présents sur l’exploitation.

5 millions de dollars

Le drame de Solai vient alourdir le bilan de cette saison des pluies au Kenya. Plus de 170 personnes ont déjà trouvé la mort, en tenant compte de la catastrophe, et plus de 225 000 autres ont été déplacées selon des chiffres du gouvernement. « Nous lançons un appel aux dons pour recueillir 5 millions de dollars [4,2 millions d’euros] afin de venir en aide à 150 000 des 260 000 personnes déplacées en raison des inondations à travers tout le pays », avait, de son côté, déclaré début mai le secrétaire général de la Croix-Rouge kényane, Abbas Gullet, précisant que 32 comtés sur les 47 que compte le Kenya étaient affectés.

En cette saison des pluies principale (qui court de mars à mai, un autre épisode plus court ayant lieu en novembre), les précipitations ont été plus fortes que les niveaux moyens sur presque tout le territoire. Dans certaines régions du nord du pays, très arides, elles ont été jusqu’à quatre fois plus importantes que d’habitude en mars et en avril, notamment dans les comtés de Garissa (+ 352 %), près de la Somalie, ou de Lodwar (+ 275 %), dans le Turkana, selon les données publiées par le ministère de l’environnement.

Insécurité alimentaire

Des pluies qui ont provoqué de graves inondations, des glissements de terrain, la destruction de routes et des coupures d’électricité, dans les régions rurales mais aussi à Nairobi, la capitale. Leur intensité, inédite depuis 1998 selon la presse kényane, a transformé en menace mortelle cette saison pourtant attendue avec impatience.

Le Kenya a en effet beaucoup souffert de la sécheresse qui a touché toute la Corne de l’Afrique. Au-delà du niveau inquiétant des rivières et des nappes phréatiques, plus de 3,4 millions de personnes étaient début 2018 en situation d’insécurité alimentaire, conséquence directe de cet événement climatique extrême.

Selon le ministère de l’environnement, les pluies vont, à l’inverse, soutenir de « bonnes performances » dans le secteur agricole, qui fait vivre des millions de petits producteurs et constitue un pilier de l’économie kényane (grâce aux exportations de thé, de café, de fleurs notamment). Selon les prévisions météorologiques, la saison des pluies devrait être terminée fin mai dans la plupart des régions. Parmi les exceptions, la vallée du Rift ne verra les précipitations s’interrompre qu’à la fin du mois de juin.

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