Browse By

Les élections en 2020 : Kabila prêt à céder la Primature et le Cnsa à la vraie opposition

La rumeur sur un éventuel rapprochement entre le Président Joseph Kabila et l’Opposition est persistante dans les salons huppés de Kinshasa. L’Udps de Félix Tshisekedi, l’UNC de Vital Kamerhe, le MLC de Jean-Pierre Bemba et Ensemble pour le changement de Moïse Katumbi sont dans le viseur du chef de la MP. En réalité,  Joseph Kabila voudrait offrir la primature et le Cnsa à la vraie opposition en échange d’un éventuel report des élections  en 2020. La tentation est très forte pour tout traître patenté.

Le départ de Bruno Tshibala de la Primature n’est plus qu’une question de temps. Dans l’entourage du chef de l’Etat, le sujet est déjà à l’ordre du jour. Il ne reste plus qu’à trouver le schéma parfait pour faire partir celui qui, à côté de Joseph Olenghankoy, président du CNSA, a porté la fronde au sein du Rassemblement des forces politiques et sociales acquises au changement jusqu’à sa nomination en avril 2017 à la Primature.

Depuis un temps, entre les deux frondeurs du Rassop, les rapports sont de plus tendus. Le grand danger qui guette, autant Bruno Tshibala que Joseph Olenghankoy, est cette volonté du président Joseph Kabila de négocier enfin avec la vraie opposition, celle qu’incarnent notamment l’Udps de Félix Tshisekedi, l’UNC de Vital Kamerhe, le MLC de JeanPierre Bemba et, éventuellement, « Ensemble pour le changement », la nouvelle plate-forme électorale de Moïse Katumbi.

Dans l’entourage du chef de l’Etat, on y travaille intensément. Des contacts seraient très avancés. Mais, on est encore loin de parvenir à quelque chose de concret.

La réunion spéciale entre la SADC et la Cirgl, qui se tient les 17 et 18 avril 2018, est le deadline que se serait fixé l’entourage du chef de l’Etat pour se rassurer de la suite des discussions avec l’Opposition. En effet, Joseph Kabila veut se présenter à Luanda avec quelqu’un qui pourrait bien séduire ses pairs de la SADC et de la Cirgl concernant sa volonté d’organiser les élections en décembre 2018.

Mais, la grande inconnue pour y arriver est l’attitude de la vraie Opposition, c’est-à-dire celle qui ne siège pas dans les institutions mises en place en 2017. Autrement dit, Joseph Kabila pense n’avoir tiré aucun dividende politique avec le débauchage de Bruno Tshibala et de Joseph Olenghankoy. Certes, il a gagné un peu de temps, mais il en veut encore plus. Pour le chef de l’Etat, les élections de décembre 2018 passent presque pour un cauchemar . Joseph Kabila veut à tout prix les contourner. Par quel mécanisme ? C’est tout le problème.

LA CÉNI EN EMBUSCADE

Dans l’entourage, on est d’accord pour une tenue d’élections en 2020. Sur ce point précis, les experts ont déjà concocté un plan qui passe une nouvelle fois par le rapprochement avec l’Opposition, mais alors la vraie, celle qui a refusé de siéger autant dans le gouvernement qu’au Cnsa. Dans cette nouvelle tentative, le président Kabila part avec un grand handicap. Quel crédit donner à cette démarche après la déroute de l’accord du 31 décembre 2016 négocié par la Cenco ? C’est le dilemme que tente de lever des stratèges de la MP avant de se lancer dans une opération de charme vis-à-vis de la vraie opposition. Et la Céni dans tout ça ? Pour le moment, la Céni joue parfaitement sa partition. L’entêtement de son président à l’utilisation incontournable de la machine à voter tient à un calcul politique bien réfléchi en haut lieu de la MP . A l’instar du président Kabila, Corneille Nangaa, président de la Céni, essaie également de tirer le temps à sa manière. Son intransigeance à recourir à cette technologie aux prochaines élections devrait lui permettre d’effriter son calendrier électoral. Il ne s’en cache pas. Aussi prometil que « sans machine à voter, la Céni ne sera en mesure d’organiser les élections en décembre 2018 ». Le président Kabila n’attend plus que ce moment. Il est convaincu d’y arriver – tant que la Céni continuera à s’opposer à toutes les critiques qui s’abattent sur la machine à voter. Entre la MP et la Céni, il y a une synergie qui fonctionne à merveille. Ce que la MP vise comme objectif à atteindre, la Céni lui aménage le terrain en se cabrant sur la pseudo-indépendance que lui reconnaît sa loi organique. A tout prendre, l’indépendance de la Céni n’a d’effets que vis-à-vis de ses détracteurs. Face à la MP, la Céni est un enfant docile qui l’obéit au doigt et à l’œil.

C’est dire qu’il y a un glissement qui se prépare et il s’étendrait jusqu’en 2020. Pour le moment, la MP affûte ses armes pour aller à la rencontre de la vraie Opposition, seule barrière à son projet. En échange, le président Kabila est prêt à céder la Primature et le CNSA aux forces politiques qui incarnent la vraie Opposition. Il pense également faire sauter tous les verrous qui plombent l’accord politique du 31 décembre 2016, indiquent des sources qui travaillent sur le dossier. Ce qui pourrait éventuellement déboucher à la mise en œuvre effective du volet décrispation politique de l’accord de la Saint-Sylvestre par la libération des prisonniers politiques emblématiques et, sans doute, l’arrêt des poursuites contre Moïse Katumbi, président d’ « Ensemble pour le changement ». Scénario jouable, s’il en faut.

En attendant, on n’est qu’au stade des tractations qui se trament dans les coulisses. Il y a cependant des indices sérieux qui en témoignent. La prochaine réunion de Luanda est cruciale pour le chef de l’Etat. Joseph Kabila veut se présenter devant ses pairs avec des arguments qui vont attester de sa nette volonté d’amener, ensemble avec toutes les forces vives de la nation, le peuple congolais aux urnes. Pas selon le calendrier de la Céni, mais plutôt selon le chronogramme qu’il s’est fixé, c’est-à-dire pas avant 2020. Avant décembre 2018, quelque chose pourrait se passer … dans le sens d’un rapprochement entre Kabila et l’aile dure de l’Opposition. C’est le décor d’un nouveau dialogue entre les deux camps. Mais, de l’autre côté, c’est encore le scepticisme. Toutefois, la grande inconnue reste le peuple, dont la réaction reste imprévisible. Va-t-il accepter la mise en scène de nouveaux fossoyeurs de ses attentes ? Wait and see.

Partagez

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *