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Trait d’histoire : Katumbi comme Kolelas ?

Moise Katumbi n’a pas été autorisé à rentrer dans son pays. Son cas fait penser à celui de feu Bernard Kolelas en 2001 face au régime de Denis Sassou-Nguesso. Tant les similitudes semblent bien plus nombreuses que les dissemblances.

Humoristique, cynique, pitoyable, paradoxal, ….. Tous les qualificatifs ou presque furent utilisés en ce mois d’avril 2001 pour décrire le scénario qui se produisait au Congo-Brazzaville. Il s’agit de ce qu’on appelait à l‘époque « Affaire Kolelas » du nom de l’acteur politique Bernard Kolelas (1933-2009) qui voulait rentrer à Brazzaville pour purger la peine de mort à lui infligée par la justice congolaise en 2000 pour « viols, détention et séquestration ».

En 1993, Brazzaville est déchirée par une guerre civile sanglante. Elle oppose les milices de l’opposition dont les Ninjas de Bernard Kolelas appuyés par celle de Sassou-Nguesso (Cobras) aux partisans de l’ancien chef de l’Etat Pascal Lissouba. Selon de présumés victimes et/ou témoins, le président du parti Mouvement congolais pour la démocratie et le développement intégral (MCDDI) avait des prisons privées où ses éléments violaient et torturaient leurs captifs.

Kolelas bloqué à Kinshasa

Et pendant la guerre de juin à octobre 1997, la milice de Kolelas combattit aux côtés de Pascal Lissouba contre Sassou-Nguesso. Mais, aidé par des armées étrangères dont celle de l’Angola, l’actuel président congolais gagna la guerre et revint au pouvoir qu’il avait quitté cinq ans auparavant à la suite des premières élections pluralistes du pays.

Se retrouvant dans les camps des vaincus, Kolelas fut jugé et condamné par contumace en 2000. Il résolut ainsi de rentrer à Brazzaville non seulement pour participer à la présidentielle de 2002, mais aussi pour « purger sa peine », comme il le déclara lors d’une réunion à Libreville en mars 2001.

Réagissant à son arrivée à Brazzaville, des membres du régime de Sassou-Nguesso promettaient de le jeter en prison dès son arrivée. Un avis partagé même par feu Omar Bongo Ondimba, alors médiateur de la Crise congolaise qui déclara que l’arrivée de Kolelas devrait être une aubaine pour le procureur de la République du Congo qui ne devrait pas avoir de difficultés à mettre aux arrêts une personne déjà condamnée.

Bernard Kolelas

Seulement voilà. Brazzaville s’opposa avec la dernière énergie à l’arrivée de Kolelas, menaçant même les compagnies aériennes d’interdiction de survol de son espace ou d’atterrissage à l’aéroport de Maya Maya de la capitale. Ayant contourné les airs, Bernard Kolelas tenta même d’emprunter la voie fluviale. Mais, il fut bloqué au débarcadère Ngobila de Kinshasa « à la demande des autorités brazzavilloises », selon des observateurs.

Incompréhensible paradoxe politico-judiciaire

Mais, laissons le Congo-Brazzaville et oublions un peu le passé. Examinons plutôt le jeu auquel jouent en ce moment les autorités de RDC et Moise Katumbi. Un Moise Katumbi à qui le régime de Kabila promet un châtiment très sévère. « Il se retrouvera entre les mains de la justice », déclarait récemment Léonard She Okitundu, ministre congolais des Affaires étrangères.

Or, « le gouvernement de la RDC a refusé à Moïse Katumbi même le droit de se faire arrêter », a ironisé Jean-Pierre Muteba, un membre de la société civile. Mais, d’où vient-il que Kinshasa veuille rater cette occasion quasiment unique d’arrêter l’opposant pour le placer en détention provisoire en attendant son procès prévu le 30 octobre prochain ? Sera-t-il jugé par contumace comme Kolelas ?

Si oui, comment peut-on préférer un jugement par contumace à la présence de l’accusé devant la barre ? Kinshasa, lancera-t-il un mandat d’arrêt international pour obtenir l’extradition de Katumbi ? Autant de questions qui mettent en lumière tout un paradoxe politico-judiciaire difficile à comprendre. Comme ce fut le cas pour feu Bernard Kolelas. Et qui dit que l’Afrique ne se répète pas dans le temps et dans l’espace ? En tout cas, ce n’est pas aux deux Congo de démontrer le contraire.

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