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Urgent : accords post-électoraux entre Cach et Lamuka .

Le peuple congolais a déjà gagné les élections. C’est la seule conclusion qui se dégage de ce scrutin hors normes, qui, dans ce pays vaste comme l’Europe occidentale, a mobilisé 40 millions d’électeurs. La prouesse a été technologique, car malgré de nombreux ratés, des retards ou des pannes, la machine à voter, tant vilipendée, a réussi à faire gagner du temps et épargner des tonnes de papier. Les électeurs se sont appropriés ce nouvel outil, et nombre d’entre eux, avec beaucoup de sollicitude, se sont improvisés assistants techniques, aidant les plus âgés à s’y retrouver, les guidant dans le dédale des listes et des bureaux.

On ne dira jamais assez le dévouement des milliers d’agents de la CENi, présents à l’aube, encore vigilants dans la nuit de dimanche à lundi, triant les bulletins, affichant les résultats sans état d’âme. Nombre d’entre eux n’avaient ni mangé ni dormi, mais ils affirmaient sereinement que là n’était pas le plus important.

La conscience nationale existe bien

Les électeurs étaient, eux, alignés en files patientes depuis l’aube. Ceux qui, au crépuscule, étaient toujours là, répétaient qu’ils n’avaient aucune intention de quitter les lieux, qu’il était important pour eux d’exercer leur droit de citoyens. Beaucoup affirmaient que s’ils tenaient tant à voter, c’est parce qu’ils voulaient exprimer leur exigence de changement. Cette affluence a surpris, tout comme le patriotisme des électeurs, leur engouement. Qui osait mettre en cause l’existence du Congo, ses chances d’avenir ? Dans ce pays hors-norme, la conscience nationale existe bel et bien et elle s’est manifestée de manière éclatante ce dimanche.

Quant aux prophètes de malheur qui avaient prédit le pire, le chaos et la violence et qui s’en réjouissaient peut-être secrètement en songeant que les Congolais auraient toujours besoin d’assistance, ce scrutin leur a infligé un cruel démenti. Les élections les plus coûteuses de l’histoire, 550 millions de dollars sinon le double en réalité, ont été financées par l’État congolais sans assistance extérieure.

Pour rendre possible un tel effort, les salaires ont été rabotés, des budgets de travaux publics ont été gelés, un effort immense a été accompli dans ce pays où l’Etat fonctionne avec quelque 5 milliards de dollars… Un tel effort est hors-norme, déraisonnable peut-être au vu des ressources, mais dimanche la démonstration s’avérait convaincante : la dignité n’a pas de prix et la population congolaise s’est emparée de ces élections pour exprimer sa volonté. Comment oublier cette mère de famille, bébé dans les jupes, qui à 18 heures affirmait être présente depuis le matin et n’avoir aucune intention de quitter les lieux sans avoir voté. « Le bébé attendra, la voisine s’en occupe, le mari va venir me relayer… » Comment ne pas être frappé par ces images venues de Beni, où la population privée de vote pour cause d’Ebola a tout de même participé au mouvement général en organisant un vote papier, factice mais tellement significatif ?

Reste à accepter le verdict

Dès ce lundi, une autre partie s’annonce : alors que les résultats continuent à être punaisés sur les murs des centres de vote, que les électeurs de dimanche viennent en prendre connaissance et les photographient, restera à accepter le verdict quel qu’il soit. À l’heure actuelle, tout le monde crie victoire. Se fondant sur les résultats des villes, l’opposition, Cash ou Lamuka, Tshisekedi ou Fayulu, affichent des mines triomphales et on parle déjà d’accords post-électoraux. Quant au pouvoir sortant, s’il a prudemment postposé la fête déjà prévue pour dimanche soir, il affirme pouvoir compter sur le vote des campagnes, des 45 territoires, que le candidat Shadary a méthodiquement ratissées depuis des mois pour faire connaître son visage et des promesses qui devaient concilier l’eau et le feu : répondre à l’exigence de changement tout en maintenant la continuité du système…

Malgré quelques ratés et des violences proportionnellement peu significatives, la population congolaise a honoré son rendez-vous avec la démocratie. Reste aux politiques à se montrer à la hauteur. Si la victoire du peuple congolais devait lui être volée ou trafiquée, on n’ose imaginer les conséquences du hold-up.

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