Il existe dans le monde peu de paradoxes aussi frappants que celui de la République Démocratique du Congo et son agriculture. Le pays possèderait l'un des plus grands potentiels agricoles de la planète, et pourtant il importerait chaque année pour des milliards de dollars de nourriture. Un gâchis colossal qui expliquerait en partie pourquoi l'un des pays les plus riches en ressources naturelles au monde compterait parmi les plus pauvres.
Un potentiel agricole parmi les plus grands du monde
Les chiffres donneraient le vertige. La RDC disposerait de plus de 80 millions d'hectares de terres arables, soit presque 3,5% du total mondial, mais moins de 10% seraient effectivement exploités : l'un des plus grands potentiels inexploités au monde.
Une étude de la Banque mondiale et de la FAO estime qu'avec 25 à 30% de ce potentiel cultivé durablement, la RDC pourrait nourrir 2 milliards de personnes, presque deux fois la population actuelle de l'Afrique. Actuellement, la RDC serait le troisième producteur mondial de manioc et le premier de bananes plantains, tout en n'exploitant que 10 à 11% de sa superficie agricole, ce qui en ferait le pays avec la plus grande réserve de terres arables non cultivées au monde.
Avec ses potentialités, la RDC serait capable de nourrir environ 2 milliards de personnes dans le monde. Ce potentiel serait largement sous-exploité au point que le pays dépendrait fortement d'importations agroalimentaires et comprendrait de larges poches de malnutrition.
La RDC classée parmi les puissances agricoles de demain
La reconnaissance internationale de ce potentiel se confirmerait en 2026. Le club Demeter, l'écosystème spécialisé dans les enjeux géostratégiques agricoles et alimentaires, aurait forgé l'acronyme "Cubita" pour désigner les puissances agricoles de demain, incluant la RDC aux côtés de l'Ukraine, du Brésil, de l'Indonésie, de la Turquie et de l'Australie. Ces six pays représenteraient aujourd'hui 30% des exportations agricoles de la planète.
Selon Sébastien Abis, expert du club Demeter, « On a une marge de développement et de progrès considérable » concernant la RDC. Pour lui, « l'industrialisation par l'agricole et les produits forestiers » permettrait au pays de faire reposer sa croissance sur d'autres ressources que les minerais.
Le scandale des 3 milliards d'importations alimentaires
Pourtant, la réalité serait tout autre. Chaque année, la RDC consacrerait 3 milliards de dollars à ses achats alimentaires à l'étranger, selon le président Félix Tshisekedi lui-même lors de son discours sur l'état de la Nation prononcé devant le Parlement le 11 décembre 2024. Cette dépendance entraînerait d'importantes pertes de devises et rendrait le pays vulnérable aux fluctuations des prix mondiaux des produits de base.
Les importations alimentaires s'élèveraient approximativement à 45 dollars par personne. Ce contexte soulignerait la vulnérabilité des chaînes d'approvisionnement locales qui ne parviendraient pas à satisfaire les exigences internes.
Un géant en terres, nain en productivité
Comment expliquer ce paradoxe ? « Le potentiel de la RDC est immense, mais il reste inexploité. Tant que l'agriculture demeurera extensive et de subsistance, le pays ne pourra pas rivaliser avec ses voisins », analyserait un expert agricole basé à Lubumbashi.
La production agricole demeurerait souvent à un niveau de subsistance, utilisant des méthodes traditionnelles et limitée par l'accès à la technologie, aux intrants améliorés et aux infrastructures. Les principaux obstacles à la modernisation agricole resteraient l'insécurité foncière, l'accès limité au crédit, l'absence de routes et de transport, le manque de semences de qualité et de services techniques adaptés.
La Zambie et l'Ouganda parviendraient pourtant à diminuer leur dépendance extérieure tout en exportant certains produits alimentaires, en raison d'une structuration supérieure de leurs chaînes de valeur. Grâce à des politiques agricoles dynamiques, à l'accompagnement des agriculteurs et à une meilleure accessibilité des intrants, l'Ouganda se serait affirmé comme un leader au niveau régional.
Les régions à fort potentiel
Les régions les plus fertiles se trouveraient autour des Grands Lacs, du Bassin du Congo et des plaines du Kasaï, ce qui laisserait entrevoir un potentiel agricole immense pour l'avenir.
Les sols fertiles et les précipitations régulières permettraient deux à trois récoltes par an dans certaines zones — un avantage considérable que peu de pays africains posséderaient.
Le Plan national de transformation 2023-2030
Face à ce constat accablant, le gouvernement congolais tenterait de réagir. Le Plan national de transformation de l'agriculture (2023-2030) viserait la réhabilitation de 3 millions d'hectares et la création de dix parcs agro-industriels.
Le gouvernement congolais, conscient de cet enjeu, aurait mis en place plusieurs mesures pour stimuler le secteur agricole. Avec des terres arables abondantes et une diversité de cultures, la RDC pourrait non seulement assurer sa propre alimentation mais aussi devenir un acteur majeur du commerce agricole régional.
L'opportunité pour la diaspora
Pour la diaspora congolaise, l'agriculture représenterait une opportunité d'investissement unique. Contrairement aux mines dominées par les multinationales chinoises et occidentales, le secteur agricole resterait largement accessible aux entrepreneurs congolais. Investir dans le développement de chaînes de valeur agroalimentaires serait crucial pour répondre à la demande locale et positionner le pays comme un acteur majeur du commerce agricole intrarégional.
Des filières comme le cacao, le café, le palmier à huile, le manioc transformé ou l'élevage offriraient des opportunités considérables pour des investisseurs congolais de la diaspora désireux de contribuer au développement de leur pays tout en générant des revenus.
Conclusion : le grenier de l'Afrique attend toujours
La RDC possèderait tous les atouts pour devenir le grenier de l'Afrique et l'une des grandes puissances agricoles mondiales. Terres arables immenses, eau abondante, climat favorable, biodiversité exceptionnelle — la nature aurait tout donné. Ce qui manquerait, ce serait la volonté politique, les infrastructures, le financement et la sécurité pour transformer ce potentiel en réalité.
Tant que les minerais concentreraient toutes les attentions et tous les investissements, l'agriculture congolaise continuerait de somnoler, laissant des millions de Congolais souffrir de malnutrition dans l'un des pays les plus fertiles de la planète.
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SOURCES :
- Farmonaut — farmonaut.com
- Terre-net — terre-net.fr
- Magazine La Guardia — magazinelaguardia.info
- Afrique sur 7 — afrique-sur7.fr
- Agence Ecofin — agenceecofin.com
- Mining and Business — miningandbusiness.com
- FAO — fao.org
- Banque mondiale — worldbank.org
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