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Politique

DE L'INSTITUTIONNALISATION À LA PERSONNALISATION PARTISANE : L'UDPS/Tshisekedi ET LES DYNAMIQUES DES DÉSILLUSIONS POLITIQUES DANS UN CHAMP CENTRÉ SUR LES AUTORITÉS MORALES EN RDC Par Jean Baptiste KAS

Par Rédaction Jambo
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Aborder la question de l'évolution de l'UDPS/Tshisekedi impose, au préalable, de clarifier plusieurs concepts fondamentaux : l'institutionnalisation d'un parti politique, la personnalisation partisane, les dynamiques des désillusions politiques et le fonctionnement du champ politique congolais, largement structuré autour des « autorités morales ».

Selon les politologues Samuel Huntington et Angelo Panebianco, un parti politique est institutionnalisé lorsqu'il acquiert une stabilité dans le temps, respecte ses statuts, dispose d'une organisation fonctionnelle à tous les niveaux, applique des procédures reconnues pour la prise de décision et la désignation de ses dirigeants, bénéficie d'une autonomie vis-à-vis des intérêts individuels ou des groupes extérieurs, possède une implantation territoriale durable ainsi qu'une identité politique propre soutenue par des ressources organisationnelles pérennes.

À l'inverse, le non-respect des statuts, l'affaiblissement des structures permanentes, le non-renouvellement des dirigeants selon les procédures établies ou encore la dépendance excessive à une seule personnalité conduisent progressivement un parti institutionnalisé vers un parti personnaliste.

Depuis quelque temps, l'UDPS/Tshisekedi semble évoluer entre ces deux modèles. L'émergence et la consolidation des blocs politiques, devenus incontournables dans le paysage politique congolais, ont profondément modifié son fonctionnement. Progressivement, l'identité du parti, sa compétition politique et son organisation paraissent davantage centrées sur son dirigeant que sur ses institutions, son idéologie ou ses règles internes.

Cette évolution correspond à ce que Thomas Poguntke et Paul Webb qualifient de « personnalisation partisane ». Dans leurs travaux, ils expliquent qu'un parti devient personnaliste lorsque son dirigeant concentre l'essentiel du pouvoir décisionnel, que les organes statutaires — tels que le congrès ou le comité exécutif — perdent de leur influence, que les militants s'identifient davantage au chef qu'au programme politique et que la succession du leader devient difficile tant l'organisation dépend de sa personne.

Ainsi, la personnalisation partisane désigne le processus par lequel les ressources organisationnelles, les mécanismes de décision, l'identité collective et la compétition électorale se concentrent progressivement autour du dirigeant, au détriment de l'autonomie des institutions internes, des règles statutaires et du fonctionnement collectif. Selon cette grille d'analyse, l'UDPS/Tshisekedi présenterait aujourd'hui plusieurs de ces caractéristiques.

Cette évolution ouvre la voie aux dynamiques de désillusions partisanes, qui se traduisent notamment par la désaffection militante, le désenchantement politique et l'érosion de la confiance. Les attentes, la confiance et l'engagement des militants, des sympathisants ou des citoyens envers un parti ou ses dirigeants se transforment alors progressivement en déception, en méfiance, en retrait ou en contestation.

Les causes de cette désillusion sont multiples : promesses non tenues, personnalisation du pouvoir, conflits internes, faiblesse de la démocratie interne, exclusion, clientélisme et absence de participation effective des militants aux processus décisionnels. Ces facteurs favorisent une rupture de confiance dont les conséquences sont visibles : démobilisation, dissidence, abstention électorale, création de nouveaux partis politiques et perte de légitimité.

Selon cette lecture, les désillusions observées parmi certains militants de l'UDPS/Tshisekedi, depuis l'accession du parti à la présidence de la République, contribueraient à expliquer les comportements constatés au sein des organes nationaux et provinciaux. L'auteur annonce qu'il développera, dans un prochain article, des exemples concrets illustrant cette évolution.

Pour comprendre cette situation, il convient également d'examiner le fonctionnement du champ politique congolais. Pierre Bourdieu définit le champ politique comme un espace de compétition où partis, dirigeants, militants et élus luttent pour le pouvoir selon des règles, des ressources et des rapports de force déterminés.

En République démocratique du Congo, ce champ politique est fortement marqué par la logique des autorités morales. Il se caractérise notamment par une centralisation du pouvoir, où les décisions majeures, les alliances, la désignation des candidats et les orientations stratégiques dépendent largement de l'autorité morale du parti.

Cette configuration s'accompagne d'une faible institutionnalisation. Les statuts, les congrès et les organes internes peuvent avoir une influence moindre que le leadership personnel. La loyauté au chef tend alors à primer sur l'adhésion à une idéologie ou à un programme politique.

La compétition politique devient également fortement personnalisée, les affrontements opposant davantage des leaders que des projets de société. Dans ce contexte, la succession constitue souvent une étape délicate : lorsqu'un leader disparaît, se retire ou perd de son influence, le parti peut être confronté à des conflits internes, voire à des scissions.

L'auteur estime ainsi que l'UDPS/Tshisekedi, évoluant dans un système dominé par des blocs politiques articulés autour des autorités morales, éprouve des difficultés à échapper à cette logique. Cette réalité serait difficilement acceptée par une partie de la base militante, aujourd'hui confrontée à un sentiment de désillusion.

Toutefois, il considère que les militants doivent comprendre que la logique d'un parti personnaliste centré sur une autorité morale constitue également, dans le contexte politique actuel de la RDC, un mécanisme de survie au sein d'un système dominé par les blocs politiques.

En conclusion, l'auteur soutient que l'UDPS/Tshisekedi aurait franchi le cap de l'institutionnalisation pour entrer dans une phase de personnalisation partisane, évoluant progressivement vers un parti personnaliste. Selon lui, le champ politique actuel en RDC favorise des formations où dominent les logiques de personnalisation, de clientélisme, de patrimonialisme et de recherche de rente. Dans un tel environnement, les militants les plus attachés à l'idéologie historique de l'UDPS seraient appelés à développer une forte capacité d'adaptation face aux nouvelles réalités du système politique congolais.


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