Le 24 août 1998 reste une date douloureuse dans l’histoire de la République démocratique du Congo. Ce jour-là, Kasika et plusieurs localités du territoire de Mwenga, au Sud-Kivu, ont été frappées par un massacre de civils au cœur de la deuxième guerre du Congo. Des femmes, des enfants, des personnes âgées et des hommes sans défense ont perdu la vie dans des circonstances d’une extrême violence. Le rapport Mapping des Nations unies décrit le massacre de plus de 1 000 civils à Kasika, Kilungutwe et Kalama.
Les chiffres disponibles donnent la mesure de l’horreur, même s’ils ne sont pas identiques selon les enquêtes. Un rapport des Nations unies évoque plus de 1 200 personnes massacrées à Kasika et Kilungutwe entre le 23 et le 24 août 1998, précisant que les corps étaient retrouvés sur environ 60 kilomètres et qu’il s’agissait principalement de femmes et d’enfants. Un autre document onusien fait état de 648 civils tués à Kasika le 24 août 1998, dont quatre membres du clergé.
Derrière ces chiffres se trouvent pourtant des vies humaines. Chaque victime avait un nom, une famille, des rêves et une histoire. Parmi les victimes figuraient également des religieux et des personnes qui n’avaient aucune part dans les affrontements armés. Le massacre de Kasika rappelle ainsi une réalité fondamentale du droit humanitaire : les populations civiles doivent être protégées, quelles que soient les circonstances d’une guerre.
Vingt-huit ans plus tard, le temps écoulé ne doit pas effacer la mémoire. Au contraire, plus les années passent, plus il devient nécessaire de documenter les faits, de préserver les témoignages des survivants et de transmettre cette histoire aux jeunes générations. Oublier Kasika reviendrait à laisser disparaître progressivement les traces d’une tragédie qui a profondément marqué le Sud-Kivu et la mémoire collective congolaise.
La question de la justice demeure donc essentielle. Se souvenir ne suffit pas lorsque des familles attendent encore que la vérité soit établie et que les responsabilités soient clairement déterminées. Dès 1999, les Nations unies avaient déjà appelé à des enquêtes sur les massacres de civils commis dans l’est de la RDC et à la poursuite des responsables.
La justice ne doit toutefois pas être confondue avec la vengeance. Elle doit rechercher la vérité, identifier les responsables sur la base de preuves, garantir le droit à un procès équitable et reconnaître les souffrances des victimes. Les crimes graves commis contre des civils ne devraient pas être condamnés à disparaître dans les archives ou dans le silence de l’histoire.
À Kasika, la mémoire doit également devenir un instrument de paix. Commémorer les victimes, documenter les massacres, préserver les lieux de mémoire et soutenir les survivants sont autant de moyens de lutter contre l’impunité. Une société qui se souvient de ses morts est une société qui refuse de banaliser la violence et qui affirme que la vie humaine possède une valeur qui doit être protégée.
Vingt-huit ans après Kasika, nous nous souvenons. Nous pleurons les victimes. Nous écoutons les survivants. Nous refusons l’oubli. Et nous demandons justice — non pas pour alimenter la haine, mais pour établir la vérité, rendre leur dignité aux victimes et empêcher que de telles tragédies ne se reproduisent. Kasika ne doit pas être seulement une date dans notre calendrier : elle doit rester une exigence permanente de vérité, de mémoire et de justice.
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