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Économie

Minerais congolais : qui profite vraiment du coltan de la RDC ?

Par Rédaction Jambo
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Dans votre smartphone, votre ordinateur portable ou votre voiture électrique se trouve très probablement un composant fabriqué à partir d'un minerai extrait des sous-sols de l'est de la République Démocratique du Congo. Ce minerai s'appelle le coltan — contraction de colombite-tantalite — et la RDC en détiendrait entre 60 et 80% des réserves mondiales, selon Wikipedia. Pourtant, le pays qui possède cette richesse extraordinaire resterait l'un des plus pauvres de la planète. Alors, qui profite vraiment du coltan congolais ?

Rubaya : la capitale mondiale du coltan sous occupation

La mine de coltan de Rubaya, dans le Nord-Kivu, représenterait 15% de l'offre mondiale et la moitié des exportations congolaises. C'est dire l'importance stratégique de ce site. Or, depuis 2023, les mines lucratives de Rubaya seraient un trophée de guerre pour divers groupes armés. En avril 2024, les rebelles du M23 se seraient emparés des mines de Rubaya et détenaient le monopole des exportations de coltan. 

Le M23 aurait pris le contrôle de 45 sites miniers dans le Nord et le Sud-Kivu en septembre 2025, produisant du coltan, de la cassitérite et de l'or. Un dirigeant du M23 aurait déclaré que les revenus du mouvement s'élèveraient à environ dix millions de dollars par mois. 

Le Rwanda : premier bénéficiaire du pillage

Le mécanisme du pillage serait aussi simple qu'efficace. Une enquête de l'ONG Global Witness révèlerait que du coltan extrait à Rubaya suivrait un parcours jusqu'aux chaînes d'approvisionnement mondiales en passant par des zones de conflit. Global Witness affirmerait avoir établi la complicité de responsables rwandais à un moment où la contrebande aurait atteint des niveaux sans précédent. 

Les chiffres seraient accablants. Depuis la prise par le M23 de la mine de Rubaya, le Rwanda aurait exporté au premier semestre 2025 près de quatre fois plus de tantale que durant la même période en 2024. Au total, les exportations minières rwandaises, incluant l'or, l'étain, le tungstène et le tantale, atteindraient environ 1,75 milliard de dollars, soit 54% de l'ensemble des biens exportés par le pays. 

Selon un rapport d'experts présenté au Conseil de sécurité de l'ONU, l'armée rwandaise aurait retiré 250 millions de dollars de 1998 à 2000 du trafic illégal de ce minerai. Une pratique qui se perpétuerait depuis des décennies. 

De Rubaya à votre smartphone : la chaîne mondiale

Une fois sorti clandestinement du Congo vers le Rwanda, le coltan emprunteraient une route bien rodée vers les marchés mondiaux. Au moins 5 des 7 entreprises enquêtées par Global Witness achèteraient du coltan de conflit en provenance de la RDC pour ensuite le revendre à des fonderies en Chine ou au Kazakhstan par le biais d'intermédiaires. Dans ces fonderies, le coltan serait transformé en tantale, un métal important utilisé dans les composants électroniques. 

La conclusion de Global Witness serait particulièrement explosive : du coltan de conflit pourrait s'être frayé un chemin vers des marques internationales telles que Microsoft, Vodafone, Sony, Amazon, Nvidia, LG Display, Ericsson, Toyota et Apple, et se retrouver dans des produits utilisés au quotidien à travers le monde. 

Les multinationales : entre profits et déni

Les grandes entreprises technologiques mondiales afficheraient des politiques d'approvisionnement responsable, mais les mécanismes de contrôle seraient largement insuffisants. Les audits de la Responsible Minerals Initiative n'auraient pas su identifier le coltan de conflit dans les chaînes d'approvisionnement des fonderies. 

Sur le sol congolais lui-même, les mines seraient exploitées par un mélange d'acteurs étatiques comme la Gécamines et d'opérations industrielles dominées par les Chinois et les grandes multinationales canadiennes et australiennes. Aucune de ces sociétés ne se livrerait à la transformation des minerais sur le sol congolais — toutes pratiqueraient l'exportation. 

Les Congolais : les grands oubliés

Au bas de cette chaîne se trouveraient les creuseurs artisanaux congolais, qui extrairaient le coltan dans des conditions souvent dangereuses pour des rémunérations dérisoires. Selon une étude de l'UQAM, une équipe récolterait en moyenne 4 kg de coltan par semaine. Le chef d'équipe s'approprierait 2 kg afin de payer les affaires courantes et les autres travailleurs se partageraient 2 kg, dont la moitié servirait à acheter les vivres pour la semaine. 

Les mines seraient en exploitation, mais le pays stagnerait. Pas d'emplois escomptés, pas de routes de qualité, pas d'hôpitaux modernes, pas d'écoles — les minerais congolais ne profiteraient pas aux Congolais. CNN

La RDC réagit : une réserve stratégique

Face à ce pillage systématique, le gouvernement congolais tenterait de reprendre la main. Lors du Conseil des ministres du 10 avril 2026, le gouvernement congolais aurait adopté un projet de décret instituant une réserve stratégique des substances minérales stratégiques, dont le cobalt, le germanium et le coltan. 

Une réaction tardive, selon certains experts, dans un contexte où la majeure partie du coltan de l'est du pays échapperait encore au contrôle de Kinshasa.

Conclusion : une malédiction qui profite à tous sauf aux Congolais

Le coltan congolais alimenterait ainsi une chaîne de valeur mondiale dont les bénéficiaires seraient, dans l'ordre : les groupes armés qui contrôlent les mines, le Rwanda qui sert de plateforme de transit et d'exportation, les fonderies chinoises et kazakhes qui transforment le minerai, et les géants technologiques mondiaux qui l'intègrent dans leurs produits. Au bout de cette chaîne, le consommateur mondial utiliserait chaque jour, sans le savoir, un minerai issu du conflit le plus meurtrier depuis la Seconde Guerre mondiale.

Jambo News Channel suivra de près l'évolution de la situation minière en RDC.


SOURCES :

  • Global Witness — globalwitness.org
  • Reporter.cd
  • Actualite.cd
  • Jeune Afrique — jeuneafrique.com
  • Wikipedia — fr.wikipedia.org
  • Mines.cd
  • Agence Ecofin — agenceecofin.com
  • Université du Québec à Montréal (UQAM)
  • Trésor économique France — tresor.economie.gouv.fr

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