Le secrétaire général du parti présidentiel a aussi souligné que plusieurs dirigeants congolais ont déjà modifié les textes fondamentaux dans l’histoire politique du pays, citant notamment Mobutu Sese Seko, Laurent-Désiré Kabila et Joseph Kabila.
« Au nom de quels principes peut-on aujourd’hui menacer le régime de l’UDPS pour ne pas toucher à la Constitution ? » s’est-il interrogé, avant d’ajouter : « Je vous assure : soyez calmes, nous allons “toucher” à la Constitution. Nous allons garder notre cap vers cet objectif. »
Une opposition frontale et une société civile mobilisée
Face à cette volonté affichée, les réactions sont immédiates. Plusieurs figures de l’opposition dénoncent une initiative déconnectée des priorités du pays.
Prince Epenge, porte-parole de la coalition Lamuka et président du parti Action pour la démocratie et le développement au Congo, estime que le véritable problème du pays ne réside pas dans la Constitution. Selon lui, « ce qu’il faut changer, ce n’est pas la Constitution mais plutôt la personne de Félix Tshisekedi ». Il affirme également que l’idée d’une révision constitutionnelle serait, selon lui, une stratégie visant à diviser les Congolais.
De son côté, Jean-Marc Kabund-a-Kabund, président de l’Alliance pour le Changement (A.Ch) et figure de la Coalition de la gauche congolaise, a dénoncé la relance de ce débat. « Remettre ce débat sur la table dans un tel contexte est bien la preuve d’une mauvaise hiérarchisation des priorités par le pouvoir en place. »
La Lucha appelle ainsi à une vigilance citoyenne « totale » et rappelle que l’article 64 de la Constitution impose à chaque Congolais le devoir de faire échec à toute personne exerçant le pouvoir en violation de la loi fondamentale.
Katumbi sonne l’alerte
Dernière réaction en date, celle de l’opposant Moïse Katumbi, président du parti Ensemble pour la République. Dans une réaction sur ses réseaux sociaux, il met en garde le pouvoir contre tout projet de révision de la Constitution pouvant ouvrir la voie à un troisième mandat du président Félix Tshisekedi.
« Ce n’est pas à cause de la Constitution que nous n’avons plus de routes, que les fonctionnaires sont mal payés, que les enfants meurent de faim ou qu’il n’y a pas d’emplois », affirme-t-il, sans une adresse vidéo sur son compte X. Une sortie qui intervient alors que les évêques catholiques ont eux aussi déconseillé toute initiative en ce sens, estimant qu’elle pourrait aggraver la crise sécuritaire.
Ainsi, Moïse Katumbi se montre catégorique. « L’heure est grave », dit-il tout en appelant à une vigilance générale face à toute initiative visant à modifier la Constitution. « Je demande à la population congolaise d’être éveillée et de dire non à ce changement constitutionnel. Nous avons besoin de la paix dans notre pays, de l’unité de notre pays. Soyons prêts, nous devons nous défendre pour qu’on ne touche pas à notre Constitution. Nous avons la meilleure Constitution du monde », affirme-t-il.
Selon Moïse Katumbi, la crise que traverse le pays ne tient pas à la Constitution, mais à la gouvernance actuelle. Il interpelle directement le président Félix Tshisekedi, rappelant leur combat commun contre toute révision du texte sous le régime précédent. « Pensez aux souffrances de la population. Nous n’allons jamais accepter un changement de la Constitution, surtout si ça venait de vous, ce serait une trahison de la population congolaise », alerte-t-il.
Kabila appelle à « balayer le système »
Quelques jours avant lui, l’ancien président Joseph Kabila avait lui aussi décidé de prendre la parole de manière frontale sur ce dossier. Pour lui, la situation du pays dépasse la seule question constitutionnelle. Il pointe avant tout un problème de gouvernance et de vision politique. Il affirme notamment dans un long entretien à nos confrères de La Libre Belgique qu’« il n’y a plus de Constitution » et que « notre Constitution est foulée aux pieds par Félix Tshisekedi et son clan ».
Joseph Kabila met également en garde contre une dérive plus profonde et appelle à éviter ce qu’il qualifie de « soudanisation » du pays, plaidant pour le dialogue comme seule issue viable à la crise. Très critique envers les initiatives diplomatiques en cours, il qualifie Félix Tshisekedi de « va-t-en-guerre » et estime que la stratégie actuelle risque d’aggraver les tensions.
Sa position est sans ambiguïté : il ne faut pas modifier la Constitution. Mais au-delà, il affiche un objectif politique plus large : « mettre fin au régime Tshisekedi » et « balayer » le système actuel, qu’il considère comme à bout de souffle.
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