URGENT Belgique–Rwanda : les relations diplomatiques rétablies sur fond de tensions persistantes autour de la RDC
Économie

Rwanda-Chine : Bank of Kigali entre dans le CIPS, simple diversification financière ou nouveau tournant géopolitique ?

Par Rédaction Jambo
32 vues

La Bank of Kigali, principale banque commerciale du Rwanda, vient de franchir une nouvelle étape dans ses relations financières avec la Chine. Le 8 septembre 2026, à Xiamen, en Chine, l’établissement rwandais a signé un accord lui permettant de devenir un participant direct au Cross-Border Interbank Payment System, CIPS, le système chinois de paiements transfrontaliers en renminbi, également appelé yuan. Cette adhésion fait de Bank of Kigali la première banque rwandaise et la première banque ayant son siège en Afrique de l’Est et en Afrique centrale à accéder directement à ce réseau.

Concrètement, cette connexion doit permettre à Bank of Kigali de faciliter les paiements entre les entreprises rwandaises et leurs partenaires chinois, notamment en yuan, avec moins de recours à des banques intermédiaires. Pour les importateurs rwandais qui achètent des marchandises, des équipements ou des services en Chine, ce nouveau canal pourrait simplifier certaines opérations. Pour les exportateurs, il peut également faciliter la réception de paiements en monnaie chinoise. L’impact réel sur les coûts et les délais dépendra toutefois des conditions appliquées aux différentes transactions.

Cette évolution intervient dans un contexte de forte intensification des échanges entre Kigali et Pékin. Selon les données citées par la presse régionale à partir des statistiques rwandaises, la Chine représentait 26,7 % des importations du Rwanda au premier trimestre 2026, soit environ 355,5 millions de dollars, tandis qu'elle représentait 25,8 % des exportations domestiques rwandaises durant la même période. Les échanges bilatéraux avaient atteint environ 1,76 milliard de dollars en 2024 selon les sources régionales.

Mais faut-il pour autant parler d’un « changement de camp » ? Cette formule mérite d’être utilisée avec prudence. Le CIPS et SWIFT ne sont pas deux systèmes parfaitement équivalents et opposés : CIPS assure principalement la compensation et le règlement des paiements transfrontaliers en renminbi, tandis que SWIFT est avant tout un réseau mondial de messagerie financière. Bank of Kigali n’annonce d’ailleurs pas son retrait de SWIFT. Les deux infrastructures peuvent fonctionner parallèlement.

La portée géopolitique de cette décision est néanmoins intéressante. En développant une connexion directe au système financier chinois, le Rwanda renforce son autonomie opérationnelle dans les échanges avec la deuxième économie mondiale. Il s’inscrit également dans une tendance plus large de développement des paiements en monnaies nationales et de diversification des circuits financiers internationaux, alors que la Chine cherche à accroître l’utilisation internationale du yuan. CIPS comptait, en juin 2026, 210 participants directs et 1 619 participants indirects dans le monde.

Cette évolution peut aussi avoir des conséquences sur les relations du Rwanda avec les partenaires qui occupent traditionnellement une place importante dans son système financier et commercial, notamment les États-Unis, les pays européens et d’autres économies occidentales. Il serait cependant excessif d’en déduire une rupture. Le Rwanda cherche depuis plusieurs années à développer des partenariats multiples, et son rapprochement avec la Chine dans le domaine bancaire peut être interprété comme une stratégie de diversification plutôt que comme un abandon automatique de ses autres partenaires.

L’enjeu devient plus important si cette connexion au CIPS s’accompagne, à l’avenir, d’une augmentation significative des transactions rwandaises directement libellées en yuan. Un tel mouvement pourrait réduire, pour une partie du commerce avec la Chine, la nécessité de convertir certaines opérations en dollars. Il donnerait également aux entreprises rwandaises davantage de possibilités pour commercer directement avec leurs fournisseurs et clients chinois. Mais cela ne signifie pas que le dollar ou les réseaux financiers occidentaux disparaîtront du système rwandais.

Le rapprochement financier intervient également après plusieurs années de coopération économique entre Kigali et Pékin. Les deux pays entretiennent des relations diplomatiques depuis 1971, tandis que la Chine participe depuis longtemps à des projets d’infrastructures, de développement et de financement au Rwanda. Le gouvernement chinois décrit aujourd’hui les relations bilatérales comme une coopération couvrant notamment le commerce, les infrastructures, la santé, l’éducation et les investissements.

Pour Bank of Kigali, le CIPS s’inscrit aussi dans une stratégie plus large de développement des services destinés aux entreprises chinoises présentes au Rwanda. La banque travaille déjà avec plusieurs établissements financiers chinois et avait introduit des transferts via Alipay en 2022. Elle a également indiqué vouloir renforcer son réseau de partenaires bancaires chinois.

Au final, parler de « changement de camp » serait donc prématuré si l’on entend par là une rupture géopolitique du Rwanda avec l’Occident. Il est plus précis de parler d’un approfondissement du partenariat financier Rwanda-Chine et d’une diversification des infrastructures de paiement. La véritable portée géopolitique de cette décision se mesurera dans les prochaines années : évolution de l’utilisation du yuan, croissance des échanges avec la Chine, nouveaux accords bancaires et maintien ou transformation des relations financières du Rwanda avec ses autres partenaires internationaux.


Réactions (0)

Laissez un commentaire

Soyez le premier à réagir à cet article.

Restez informé !

Recevez nos articles directement dans votre boîte mail.