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14 septembre 2026 : 66 ans après, qui se souvient encore de Lumumba ? La jeunesse panafricaine francophone interpelle la RDC

Par Rédaction Jambo
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Il y a exactement 66 ans, le 14 septembre 1960, le Congo indépendant connaissait un tournant majeur de son histoire. Le colonel Joseph-Désiré Mobutu annonçait la prise de contrôle de l’État dans un contexte de crise politique opposant notamment le président Joseph Kasa-Vubu au Premier ministre Patrice Emery Lumumba. Cette intervention plaça Lumumba de fait sous surveillance et contribua à son éviction définitive du pouvoir. Cette date ne devrait donc jamais être réduite à une simple ligne dans les livres d’histoire : elle doit être un moment de réflexion nationale sur les premières heures de notre indépendance, sur les luttes politiques qui ont marqué la jeune République et sur le destin tragique de celui qui fut le premier Premier ministre du Congo indépendant.

Quelques mois plus tard, le 17 janvier 1961, Patrice Emery Lumumba était assassiné avec ses compagnons Maurice Mpolo et Joseph Okito. Son corps fut ensuite détruit afin d’empêcher que sa tombe ne devienne un lieu de rassemblement et de mémoire. Pourtant, cette volonté d’effacer ses traces n’a pas empêché Lumumba de devenir une figure internationale de la liberté, de la souveraineté des peuples et du panafricanisme. Soixante-six ans après le coup d’État du 14 septembre 1960, une question dérangeante demeure donc : avons-nous réellement appris à honorer Lumumba à la hauteur de ce qu’il représente ? Pourquoi celui qui est devenu un symbole mondial doit-il encore faire l’objet de mobilisations citoyennes pour que son pays lui accorde les honneurs dignes de son sacrifice ?

Nous, Jeunesse panafricaine de la zone francophone, joignons notre voix à celle de Jean-Paul Kasende, Coordonnateur de HONLEX61, dans sa démarche visant à réclamer des honneurs dignes de notre héros national. En tant que président de cette organisation, je considère qu’il ne s’agit pas simplement d’une affaire de statue, de cérémonie ou de monument. Il s’agit d’une question de mémoire nationale, de dignité et de conscience historique. Honorer Lumumba, ce n’est pas seulement regarder vers le passé : c’est également interroger notre présent et notre capacité à transmettre aux générations futures les valeurs et les combats qui ont marqué la naissance de notre nation.

Le paradoxe est saisissant : ailleurs dans le monde, Lumumba est parfois davantage valorisé qu’au Congo. À Belgrade, en Serbie, une rue porte son nom depuis 1961. En Russie, l’Université de l’Amitié des peuples de Moscou a longtemps porté son nom et a officiellement repris en 2023 le nom d’Université russe de l’amitié des peuples Patrice-Lumumba. En Guinée, son image a également figuré sur des pièces de monnaie et des billets de banque. Ces différents exemples montrent à quel point la figure de Lumumba a dépassé les frontières de son pays natal pour devenir une référence historique et politique à l’échelle internationale.

L’année 2025 aurait pourtant dû constituer un électrochoc supplémentaire pour la conscience nationale. Le 2 juillet 2025, Patrice Emery Lumumba, né le 2 juillet 1925, aurait eu 100 ans. Son centenaire a suscité des initiatives et des hommages dans plusieurs pays. En Russie notamment, Juliana Lumumba, fille du Premier ministre congolais, a participé aux activités consacrées au centenaire et à la réflexion sur l’héritage de son père. Le fait que des institutions étrangères continuent à consacrer des conférences, des recherches et des cérémonies à Lumumba, un siècle après sa naissance, devrait pousser la RDC à s’interroger sur la manière dont elle-même entretient la mémoire de son propre héros.

Même en Belgique, ancienne puissance coloniale, la mémoire de Lumumba continue de provoquer des débats, des reconnaissances et des démarches judiciaires. Une commission parlementaire belge avait conclu en 2002 à la responsabilité morale de la Belgique dans les circonstances ayant conduit à son assassinat. En 2022, la restitution à sa famille congolaise d’une dent de Lumumba, conservée pendant des décennies en Belgique, avait également constitué un moment historique et hautement symbolique. Que faut-il de plus pour comprendre que la mémoire de Lumumba demeure une question universelle ? Pendant ce temps, en RDC, devons-nous encore nous battre pour que notre propre jeunesse connaisse réellement qui était Lumumba, ce qu’il défendait et pourquoi il est mort ?

La question est d’autant plus urgente que la mémoire de Lumumba a longtemps été entourée de silence, de controverses et de récupérations politiques. En 1966, Mobutu avait officiellement réhabilité son image et proclamé Lumumba héros national. Mais au-delà des proclamations officielles, la véritable question demeure celle de la transmission. Une nation ne préserve pas la mémoire de ses héros uniquement à travers des discours prononcés lors des anniversaires. Elle la préserve dans ses écoles, ses universités, ses musées, ses archives, ses bibliothèques, ses médias et dans la conscience de sa jeunesse. Lumumba doit être connu, étudié et débattu par les Congolais eux-mêmes.

Nous interpellons donc respectueusement les autorités de la République, les institutions culturelles et éducatives, les universités, les médias et l’ensemble de la classe politique : il est temps de faire de Lumumba une véritable mémoire vivante de la République démocratique du Congo. Son histoire doit être enseignée avec rigueur dans nos écoles et universités. Ses discours doivent être étudiés. Ses idéaux doivent être débattus. Ses archives doivent être protégées et numérisées. Ses lieux de mémoire doivent être entretenus avec dignité. Nous ne demandons pas de transformer Lumumba en une figure intouchable ou en un instrument de propagande politique. Nous demandons que l’histoire soit assumée. On peut discuter de ses choix politiques, de ses erreurs éventuelles et du contexte complexe de la crise congolaise sans nier son importance historique ni son sacrifice.

À la jeunesse congolaise et africaine, nous lançons également un appel : ne laissons pas d’autres raconter notre histoire à notre place. La mémoire de Lumumba ne doit pas appartenir uniquement aux historiens, aux politiciens ou aux cérémonies officielles. Elle doit appartenir à chaque génération qui aspire à une Afrique libre, souveraine, unie et capable de décider de son propre destin. La RDC doit aujourd’hui casser le mythe selon lequel « nul n’est prophète chez lui ». Patrice Emery Lumumba était Congolais, il a servi le Congo et son nom est devenu une référence au-delà de nos frontières. Il est temps que son propre pays soit à la hauteur de cette mémoire et qu’il rende à son héros des hommages à la mesure de son histoire.

Le 14 septembre 1960 nous rappelle la fragilité de notre indépendance. Le 17 janvier 1961 nous rappelle le prix payé par Patrice Emery Lumumba. Le 2 juillet 2025 nous a rappelé que, cent ans après sa naissance, son héritage demeure vivant à travers plusieurs générations et plusieurs continents. Et aujourd’hui, le 14 septembre 2026, notre responsabilité est de faire en sorte que son sacrifice ne soit jamais oublié. Patrice Emery Lumumba n’est pas seulement une page de l’histoire congolaise. Il est une question posée à notre conscience. Avons-nous été dignes de son sacrifice ? Nous, Jeunesse panafricaine de la zone francophone, répondons : il est temps de nous réveiller, de nous souvenir et d’agir. Pour Lumumba. Pour le Congo. Pour l’Afrique. Pour la mémoire et la souveraineté de nos peuples.

Par le Président de la Jeunesse panafricaine de la zone francophone

Ir. Séraphin Mongane ✍️

jeunessepanafricainefrancophone@gmail.com

+243 977 508 877


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