La Haute Cour du Kenya a rendu, ce mercredi 15 juillet 2026, un verdict très attendu concernant l'usage du cannabis dans le cadre des pratiques religieuses. Saisie par la *Rastafari Society of Kenya*, la juridiction a rejeté la demande de dérogation spéciale qui aurait permis aux fidèles de consommer de la « ganja » pour leurs rituels sacrés. Pour les autorités judiciaires, le maintien de l’ordre public et de la législation en vigueur prime, pour l’instant, sur la liberté de culte invoquée.
Au cœur du dossier, les requérants ne réclamaient pas une légalisation nationale ou récréative du cannabis, mais une exemption constitutionnelle ciblée. Ils soutenaient que l’usage de cette plante est un pilier indissociable de leur foi, servant à la méditation et à la communion spirituelle avec le Créateur. Selon eux, l’interdiction actuelle violait leur droit fondamental à la liberté de religion, tel que garanti par la Constitution kenyane de 2010.
Dans son arrêt, le juge Bahati Mwamuye a toutefois estimé que les preuves apportées par la communauté n’étaient pas suffisamment probantes pour justifier une exception à la règle commune. Le tribunal a notamment relevé que la consommation de cannabis ne semblait pas constituer un rite obligatoire pour l'ensemble des membres de la mouvance rastafari, certains pratiquants s’en abstenant, ce qui affaiblit l’argument du caractère dogmatique indispensable.
Un autre argument central de la Cour repose sur la complexité logistique et sécuritaire d'une telle autorisation. Les magistrats ont souligné que l'instauration d'un système d'exemption religieuse créerait un précédent juridique difficilement contrôlable. En pratique, une telle mesure risquerait d'ouvrir des failles majeures dans la lutte contre le trafic de stupéfiants, offrant une couverture légale potentielle à des activités illégales échappant au contrôle de l'État.
Cette décision s'inscrit dans un paysage juridique où la loi sur les stupéfiants de 1994, héritage d'une période législative très répressive, reste le socle de la politique kenyane en la matière. Malgré l'évolution des mœurs et une consommation récréative qui, de l'aveu même de certains juristes, est de plus en plus visible dans la société, le pouvoir judiciaire se montre réticent à créer des jurisprudences qui iraient à l'encontre de la lettre stricte de la loi pénale.
Néanmoins, l'arrêt comporte une dimension politique subtile qui ne devrait pas passer inaperçue. Tout en déboutant les plaignants, le juge a qualifié la situation actuelle de « non tenable » à long terme. Cette observation est perçue par les observateurs comme une invitation explicite à un débat national. Le tribunal suggère ainsi que la solution à cette impasse ne réside peut-être plus dans les prétoires, mais dans une réforme législative portée par le Parlement et le gouvernement.
Face à ce revers judiciaire, les représentants de la *Rastafari Society of Kenya* n'ont pas tardé à réagir. Leurs avocats ont immédiatement annoncé leur intention de faire appel, estimant que la décision de la Haute Cour constitue une discrimination à l'égard d'une minorité religieuse. Cette bataille juridique est donc loin d'être terminée, promettant de nouveaux débats intenses devant la Cour d'appel de Nairobi dans les mois à venir.
En conclusion, cette affaire met en lumière les tensions contemporaines au Kenya entre les héritages législatifs rigides et les revendications d'une société civile de plus en plus diverse. Si, pour l'heure, le droit de fumer du cannabis au nom de la religion reste proscrit par la justice, le débat est désormais lancé sur la place publique. Le Kenya se retrouve à la croisée des chemins, entre le respect de son cadre pénal strict et la nécessité de repenser sa politique globale en matière de stupéfiants.
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