DES PRÉTENDUES ORIGINES DE PAUL KAGAME À KALIMA (MANIEMA) : RECADRAGE ET MISE AU POINT HISTORIQUE
Une vidéo devenue virale sur les réseaux sociaux attribue au président rwandais Paul Kagame des origines congolaises situées à Kalima, dans le territoire de Pangi (Maniema). Dans cette séquence, Barnabé Milinganyo soutient l’hypothèse d’une filiation congolaise de l’intéressé, en évoquant une histoire familiale supposée enracinée dans la région minière.
Face à ces affirmations, Germain M’beku Ikanga, ancien cadre de la SOMINKI et originaire du territoire de Pangi, apporte un recadrage fondé sur son expérience et sa connaissance historique du milieu de Kalima. L’auteur du recadrage rappelle son parcours au sein de la SOMINKI (Société Minière et Industrielle du Kivu), où il a exercé des fonctions administratives pendant plusieurs années, notamment à Kalima et Kamituga. Son témoignage s’appuie sur une connaissance directe des dynamiques sociales, professionnelles et familiales des communautés minières du Maniema à l’époque coloniale et postcoloniale.
Selon lui, les relations sociales dans les zones minières comme Kalima permettaient une identification claire des familles influentes et des trajectoires individuelles. Il affirme avoir connu la famille de Barnabé Milinganyo dans le cadre de ses activités professionnelles à Kamituga et évoque le parcours du père de ce dernier, ainsi que son intégration familiale après des événements survenus en Ituri.
Le témoignage retrace plusieurs générations marquantes de Kalima, notamment la génération des figures politiques et administratives issues des années post-indépendance, incluant des personnalités liées à l’histoire parlementaire congolaise après 1960, notamment des proches de Patrice Lumumba. Il évoque aussi les cadres issus des séminaires et institutions coloniales ayant ensuite occupé des fonctions publiques importantes, ainsi que les générations issues des périodes de conflits et de restructuration sociale dans les années suivantes.
L’auteur insiste sur le fait que ces générations sont bien documentées et connues localement, et rejette l’idée selon laquelle un individu d’origine rwandaise aurait pu être établi à Kalima dans un contexte permettant une filiation directe avec une famille royale rwandaise. Selon lui, les mobilités de l’époque coloniale étaient strictement encadrées, et les récits avancés ne reposent sur aucune base historique vérifiable.
Il rappelle également que les travailleurs rwandais et burundais présents dans les mines congolaises provenaient de recrutements organisés sous l’administration coloniale, principalement durant l’effort de guerre et dans des zones précises comme le Kasaï, le Kwilu-Kwango et le Rwanda-Urundi. La présence tutsie dans ces flux migratoires serait, selon lui, historiquement marginale avant les vagues de réfugiés des années 1960.
Enfin, il estime que l’hypothèse avancée relève davantage d’une spéculation sans fondement historique solide, et dénonce ce qu’il considère comme une instrumentalisation politique des récits d’origine. Il appelle à la rigueur dans le débat public, notamment lorsqu’il s’agit de figures historiques et politiques majeures, en rappelant que la diffusion d’informations non vérifiées contribue à la désinformation.
Tiré chez Germain MBEKU IKANGA
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