L'archidiocèse de Kananga, chef-lieu de la province du Kasaï-Central, est secoué par un véritable séisme ecclésiastique et politique. Ce vendredi 3 juillet 2026, un collectif de 17 prêtres catholiques en fonction au sein de cette juridiction a rendu publique une déclaration de rupture spectaculaire. Ces ecclésiastiques ont choisi de prendre officiellement leurs distances et de se désolidariser du dernier message de la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO), qui s'oppose farouchement à toute modification de la Constitution et à l'éventualité d'un troisième mandat pour Félix Tshisekedi.
Dans leur mémorandum, les 17 prêtres frondeurs contestent de front la ligne dure adoptée par les évêques et le Cardinal Fridolin Ambongo à Kinshasa. Ils estiment, contrairement à leur hiérarchie, qu'un changement ou une révision de la loi fondamentale de la République est une démarche parfaitement légitime, à la seule condition qu'elle s'opère dans le strict respect des procédures légales en vigueur. Par cette prise de position, ce groupe de prêtres brise le principe traditionnel d'unanimité qui caractérise habituellement l'Église catholique congolaise face aux affaires de l'État.
Au-delà de la simple divergence juridique, les signataires du communiqué de Kananga ont formulé un appel direct qui résonne comme un soutien politique sans équivoque au pouvoir en place. Ils invitent explicitement la population et les fidèles chrétiens à soutenir les initiatives de développement et de refondation institutionnelle portées par le président de la République. Pour ces prêtres issus de l'espace grand Kasaï, le bastion d'origine du chef de l'État, la Constitution actuelle contient des failles qu'il convient de corriger pour le bien de la nation.
Cette démarche s'inscrit dans un contexte national de très haute tension, marqué par la mobilisation de l'opposition et le sit-in prévu le 8 juillet devant le Palais de la Nation. Les déclarations de ces prêtres apportent de l'eau au moulin de l'Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS) et de la majorité au pouvoir, qui tentent de légitimer le récent vote de la loi sur le référendum. L'appui de figures religieuses locales est une aubaine politique pour le régime, qui cherche à contrer l'influence sociopolitique historique de la CENCO.
L'initiative de ces 17 prêtres met également en lumière des fractures régionales et tribo-politiques latentes au sein même du clergé catholique en République démocratique du Congo. Plusieurs observateurs à Kananga et Mbujimayi font remarquer que de nombreux abbés locaux se sentent de plus en plus en décalage avec les prises de parole de la hiérarchie kinoise, perçues par certains comme systématiquement hostiles au pouvoir d'un fils du terroir. Cette régionalisation des postures cléricales fragilise l'autorité morale globale de l'épiscopat.
Le geste des prêtres center-kasaiens fait directement écho aux critiques théologiques et pastorales formulées la veille par l'abbé Blaise Kanda contre le rigorisme de la CENCO. Bien que les motivations puissent différer, le constat reste le même : une partie de la base cléricale refuse désormais de suivre aveuglément les directives politiques des évêques. Cette contestation interne démontre que le Onze national et les débats constitutionnels ont profondément politisé et divisé les structures de l'Église au cours de cette année 2026.
Sur le plan purement canonique, cette rébellion ouverte expose les 17 prêtres à de lourdes sanctions disciplinaires de la part de leur évêque diocésain ou de Rome. Le droit de l'Église interdit formellement aux ministres sacrés de prendre activement part à des débats politiques partisans ou de s'opposer publiquement aux orientations de leur conférence épiscopale. La réaction de l'archevêque de Kananga sera scrutée à la loupe par les analystes pour savoir si l'institution choisira la méthode forte ou l'apaisement.
En conclusion, la fronde des 17 prêtres de l'archidiocèse de Kananga marque un tournant majeur dans les relations traditionnelles entre l'Église catholique et le pouvoir politique en RDC. En choisissant de légitimer la révision constitutionnelle, ces ecclésiastiques affaiblissent la position de la CENCO au moment même où l'opposition tente de faire bloc. Ce schisme d'opinion au Kasaï prouve que la bataille autour de l'avenir des institutions de la République se jouera désormais autant sous les voûtes des églises que dans l'arène politique.
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