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Le Congo face au miroir de son histoire : Le cri du cœur de Thomas Luhaka pour le 141e anniversaire de l'État

Par Rédaction Jambo
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Alors que les lampions de la célébration des 66 ans de l'indépendance nationale s'éteignent à peine, une autre date majeure, bien que largement oubliée, s'est glissée dans le calendrier ce mercredi 1er juillet 2026. L'État congolais célèbre aujourd'hui le 141e anniversaire de son existence politique moderne. À travers une tribune historique exhaustive, l'honorable Thomas Luhaka Losendjola, ancien président de l'Assemblée nationale, ancien Vice-premier ministre et avocat au barreau de Kinshasa-Gombe, exhume cette mémoire pour dresser un bilan sans concession d’un siècle et demi d'une histoire tourmentée.

L'acte de naissance de cette immense entité politique remonte au 1er juillet 1885, jour où le roi Léopold II de Belgique fit proclamer solennellement la création de l'État Indépendant du Congo (EIC) à Vivi, dans l’actuelle province du Kongo-Central. Cette fondation faisait suite à l'accord des 14 puissances mondiales réunies lors de la Conférence de Berlin. Pour saluer l’avènement de ce géant au cœur de l'Afrique, un navire de guerre américain ancré dans l'océan Atlantique tira 21 coups de canon en l'honneur de ce qu'il qualifiait alors de « naissance d'un État ami ».

Cette date du 1er juillet est demeurée le socle de l'identité politique moderne de la République démocratique du Congo. Durant toute la période coloniale, de 1885 à 1960, cette journée était légalement chômée et fêtée avec faste sur l'ensemble du territoire. De plus, l'histoire administrative a voulu que de 1925 à 1960, le territoire sous tutelle du Ruanda-Urundi soit géré de facto comme une septième province du Congo. C'est ce lien ombilical qui poussera plus tard la Belgique à accorder l'indépendance au Rwanda et au Burundi le 1er juillet 1962, scellant à jamais le destin de ces trois nations d'Afrique centrale.

En 141 ans d'existence, le pouvoir suprême au Congo a été exercé par neuf chefs de l'État successifs, témoins des mutations et des crises de régimes. L'ère coloniale sous la couronne belge a été incarnée par quatre souverains : Léopold II (1885-1909), Albert 1er (1909-1934), Léopold III (1934-1951) et Baudouin 1er (1951-1960). Après l'accession à la souveraineté, la magistrature suprême a vu se succéder Joseph Kasa-Vubu (1960-1965), le maréchal Joseph-Désiré Mobutu Sese Seko (1965-1997), Laurent-Désiré Kabila (1997-2001), Joseph Kabila Kabange (2001-2018) et l'actuel chef de l'État, Félix Tshisekedi Tshilombo.

Parallèlement à cette valse des dirigeants, les symboles de l'État ont eux aussi subi de profondes modifications esthétiques et idéologiques, se traduisant par l'utilisation de cinq drapeaux différents au fil des décennies. Quant à l'identité sonore de la nation, elle a vibré au rythme de trois hymnes nationaux successifs. La *Brabançonne* de l'époque coloniale a cédé sa place au vibrant *Debout Congolais* en 1960, brièvement remplacé par *La Zaïroise* sous la politique du recours à l'authenticité entre 1971 et 1997, avant que le régime de l'AFDL ne réhabilite l'hymne des pères de l'indépendance.

L'analyse de Thomas Luhaka ne se cantonne pas à une simple énumération chronologique ; elle pose un diagnostic sévère sur la gestion postcoloniale du pays. L'ancien président de la Chambre haute souligne que la mégestion collective accumulée par les différentes élites dirigeantes depuis 1960 a dramatiquement affaibli les fondations structurelles de la République. Cet affaissement institutionnel a progressivement vidé l'État congolais de sa substance, le rendant aujourd'hui incapable d'assumer pleinement ses missions régaliennes de sécurité sur l'ensemble de son espace national.

Cette défaillance chronique de l'appareil sécuritaire de l'État se manifeste de manière aiguë et dramatique dans les provinces de l'Est du pays, notamment en Ituri, au Nord-Kivu et au Sud-Kivu, meurtries par l'activisme des groupes armés. À l'autre extrémité du territoire, dans la partie Ouest, l'émergence et la persistance de la milice Mobondo rappellent que la crise de l'autorité étatique n'est plus un phénomène purement périphérique. Les populations civiles subissent de plein fouet cette absence de protection, payant le prix fort de l'effondrement de l'armée et de la police.

Pour suppléer à cette incapacité de l'État congolais à sécuriser ses propres citoyens et ses frontières, la communauté internationale a déployé depuis plus de deux décennies d'importantes forces de maintien de la paix. Cependant, l'action de la MONUSCO s'apparente aujourd'hui à un enlisement stérile dans ce que l'auteur appelle le « bourbier congolais ». Face à une gouvernance locale défaillante, les initiatives onusiennes se heurtent à des limites structurelles, suscitant le scepticisme et le rejet croissant d'une population locale qui ne perçoit aucun changement tangible sur le front de la paix.

Thomas Luhaka conclut sa réflexion sur une note d'amertume et de tristesse face au désintérêt total entourant cette commémoration. Cet État unique, qui a réussi le tour de force historique d'unifier par la contrainte des centaines de tribus indépendantes et de royaumes pour en faire la plus grande nation d'Afrique centrale, passe aujourd'hui sous les radars de la mémoire collective. Aucun défilé officiel, aucun discours d'envergure n'est venu saluer ce jalon des 141 ans, abandonnant l'anniversaire de la patrie à l'indifférence générale de ses propres enfants.

En définitive, ce cri du cœur d'un chercheur indépendant et acteur politique majeur sonne comme un appel urgent à un sursaut patriotique et à une refondation globale. À l'heure où les velléités de balkanisation menacent l'héritage de 1885, célébrer le 1er juillet rappelle que l'unité du Congo est un trésor historique précieux mais fragile. Le bilan de ces 141 ans d'existence politique doit impérativement servir de leçon à la nouvelle génération de dirigeants pour transformer ce géant géographique en une véritable puissance protectrice, capable de garantir la dignité et la sécurité de chaque Congolais.


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