Politique

🔴 « Le pouvoir rend fou, mais le fou ne rend pas le pouvoir » : regards croisés sur l’Afrique (1960–2020)

Par Rédaction Jambo
24 April 2026
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Depuis les indépendances des années 1960, l’Afrique a expérimenté diverses formes d’exercice du pouvoir, oscillant entre espoirs démocratiques et dérives autoritaires. La célèbre formule « le pouvoir rend fou, mais le fou ne rend pas le pouvoir » résonne avec acuité dans ce contexte, traduisant la difficulté de nombreux dirigeants à se détacher d’un pouvoir devenu une fin en soi. Loin d’être un simple outil de gouvernance, le pouvoir s’est parfois transformé en instrument de domination, alimentant des logiques de conservation à tout prix.

Dans les premières décennies post-indépendance, plusieurs figures emblématiques illustrent cette concentration du pouvoir. En République démocratique du Congo, Mobutu Sese Seko a bâti un régime hyperprésidentiel fondé sur le culte de la personnalité et la centralisation extrême. De même, en Ouganda, Idi Amin Dada incarne l’une des formes les plus brutales de dérive autoritaire, marquée par l’arbitraire et la violence. Ces trajectoires montrent comment le pouvoir, sans contrepoids institutionnel, peut rapidement devenir un vecteur d’excès.

À partir des années 1990, avec l’ouverture démocratique, de nouveaux visages du pouvoir émergent, mais les pratiques de conservation persistent. Au Cameroun, Paul Biya symbolise la longévité politique, tandis qu’au Zimbabwe, Robert Mugabe, autrefois héros de l’indépendance, a vu son image se dégrader à mesure que son maintien au pouvoir s’éternisait. Par ailleurs, des dirigeants comme Paul Kagame ou Denis Sassou-Nguesso ont modifié les cadres constitutionnels pour prolonger leur règne, soulevant des interrogations sur la solidité des institutions et le respect des principes démocratiques.

Cependant, cette lecture ne saurait être univoque. Des expériences positives démontrent que le pouvoir peut aussi être encadré et régulé. Au Ghana, les alternances démocratiques successives ont renforcé la crédibilité des institutions. Au Sénégal, Abdoulaye Wade a accepté sa défaite électorale en 2012, illustrant le respect des règles du jeu démocratique. En Afrique du Sud, la démission de Jacob Zuma en 2018, sous pression institutionnelle, témoigne du rôle crucial de la justice et de la société civile. Ainsi, entre 1960 et 2020, l’Afrique révèle une double dynamique : celle d’un pouvoir parfois accaparé, mais aussi celle d’un pouvoir progressivement soumis à des exigences croissantes de responsabilité et de limitation.

Analyse de Séraphin mongane seraphinmongane25@gmail.com


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