C’est une injonction pour le moins divine — ou très politique — qui secoue actuellement la capitale de la province du Haut-Katanga. La Maire de Lubumbashi, Joyce Tunda Kazadi, vient de franchir une frontière que beaucoup croyaient pourtant étanche : celle qui sépare l'Église de l'État. Par une décision qui suscite autant de stupéfaction que de sourires crispés, l'autorité urbaine exige désormais que toutes les Églises de sa juridiction orientent leurs prédications et enseignements vers la très sensible question du changement de la Constitution.
Désormais, entre deux versets sur la charité ou le salut des âmes, les pasteurs, prêtres et prophètes lushois devront insérer des exégèses juridiques et constitutionnelles. L’objectif affiché, bien que non officiel, semble clair : utiliser la tribune hautement influente de la chaire religieuse pour formater l'opinion publique en faveur d'une révision des textes fondamentaux du pays. Une manœuvre audacieuse qui transforme les lieux de culte en véritables comités de soutien politique.
Mais là où l’insolite cède la place à la rigueur, c’est dans le régime de sanctions brandi par la Maire. Joyce Tunda Kazadi n'a pas fait dans la demi-mesure : tout responsable ecclésiastique qui osera s'opposer à cette directive, ou qui refusera de prêcher la « bonne parole » constitutionnelle, s’expose à de lourdes sanctions financières et administratives, allant jusqu’à la fermeture pure et simple de son église. Le message est limpide : c'est l'alignement ou le cadenas.
Cette décision provoque déjà un immense tollé au sein de la société civile et des leaders religieux de Lubumbashi. Beaucoup dénoncent une dérive autoritaire et une violation flagrante de la liberté de culte et de conscience, pourtant garanties par... cette même Constitution que l'on demande de modifier. Pour les observateurs, exiger qu'un sermon dominical se transforme en meeting politique sous peine de fermeture est un précédent dangereux pour la démocratie congolaise.
Sur les réseaux sociaux, l’affaire est rapidement devenue virale sous le hashtag #Insolite. Entre indignation et dérision, les internautes congolais rivalisent d'humour noir, imaginant déjà des chorales entonner des cantiques à la gloire du réformisme institutionnel ou des pasteurs prophétisant le nombre d'articles à modifier. Derrière le rire, cependant, réside une réelle inquiétude quant à l'instrumentalisation du fait religieux à des fins partisanes.
Reste à savoir comment les puissantes institutions religieuses, notamment l'Église catholique et l'Église du Christ au Congo (ECC), réagiront face à ce diktat municipal. Historiquement connues pour leur indépendance et leur rôle de contre-pouvoir en RDC, accepteront-elles de troquer la Bible contre le Journal Officiel ? Une chose est sûre : à Lubumbashi, la foi va devoir cohabiter de très près avec la politique, sous l'œil ultra-vigilant de la
mairie.
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