Le cardinal Fridolin Ambongo, archevêque métropolitain de Kinshasa et figure majeure de l’Église catholique en République démocratique du Congo, a récemment tenu des propos qui suscitent des réactions autour des rapports entre les différentes confessions chrétiennes présentes dans le pays. Dans une déclaration dont des extraits circulent sur les réseaux sociaux, il a notamment voulu rappeler l’identité particulière de l’Église catholique par rapport aux autres traditions chrétiennes.
« Nous ne sommes pas des protestants. Nous n'avons rien contre les protestants, mais nous ne sommes pas des protestants. Nous ne sommes pas des kimbanguistes. Nous n'appartenons pas à une Église évangélique. Nous ne sommes pas membres de ce qu'on appelle les Églises de réveil, qui se distinguent par le bruit », aurait déclaré le cardinal Ambongo. Cette formulation met l’accent sur les différences de traditions, d’organisation et de pratiques liturgiques entre les différentes familles chrétiennes.
En République démocratique du Congo, le paysage religieux chrétien est particulièrement diversifié. L’Église catholique coexiste notamment avec les Églises membres de l’Église du Christ au Congo, l’Église kimbanguiste ainsi qu’une multitude d’Églises évangéliques et pentecôtistes communément appelées « Églises de réveil ». Des travaux consacrés au pentecôtisme en RDC décrivent d’ailleurs l’existence de nombreuses communautés indépendantes regroupées au sein de structures représentatives.
L’expression employée par le cardinal sur le « bruit » semble renvoyer à certaines formes de célébrations particulièrement expressives que l’on retrouve dans plusieurs communautés évangéliques et pentecôtistes : chants, danses, prières à haute voix, prédications et manifestations collectives de la foi. Il convient toutefois de distinguer cette caractérisation de l’ensemble des Églises de réveil, qui regroupent des communautés aux pratiques et sensibilités très différentes.
Ces propos interviennent également dans un contexte où le cardinal Ambongo occupe une place importante dans le débat public congolais. Depuis plusieurs années, l’archevêque de Kinshasa s’exprime régulièrement sur les questions politiques, sociales et sécuritaires qui touchent le pays. En 2024, ses prises de position sur la situation dans l’Est de la RDC avaient notamment provoqué des tensions avec les autorités et conduit à l’ouverture d’une procédure judiciaire à son encontre, avant que le dossier ne connaisse une évolution.
Les relations entre l’Église catholique et les autres courants chrétiens constituent par ailleurs un sujet sensible dans une société où la religion occupe une place importante dans la vie quotidienne. Les différentes confessions participent à l’éducation, à l’action sociale, à l’encadrement de la jeunesse et, parfois, aux débats sur la gouvernance du pays. Cette influence explique aussi pourquoi les déclarations des principaux responsables religieux suscitent rapidement des réactions publiques.
Sur le plan institutionnel, la Constitution congolaise garantit la liberté de religion et le principe de la laïcité de l’État. Les divergences entre confessions ne devraient donc pas être interprétées automatiquement comme une opposition entre les croyants. Elles peuvent aussi être comprises comme l’expression de traditions ecclésiales différentes, avec leurs propres liturgies, structures, théologies et manières de vivre la foi.
La déclaration du cardinal Ambongo relance ainsi le débat sur la coexistence des différentes expressions du christianisme en RDC. Au-delà des divergences de pratiques religieuses, l’enjeu demeure celui du respect mutuel entre croyants et confessions dans un pays où catholiques, protestants, kimbanguistes, évangéliques et pentecôtistes partagent la même société. Les propos du cardinal doivent donc être replacés dans leur contexte exact et distingués des interprétations ou commentaires qui peuvent circuler sur les réseaux sociaux.
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