Mis en place à l’issue de l’Accord global et inclusif, le système dit “1+4” a constitué une étape décisive dans la transition politique en République démocratique du Congo. Autour du président Joseph Kabila, quatre vice-présidents issus des différentes composantes politico-militaires ont été associés à la gestion du pays : Azarias Ruberwa (RCD), Jean-Pierre Bemba (MLC), Arthur Z'ahidi Ngoma (Forces du Futur) et Abdoulaye Yerodia Ndombasi (PPRD). Ce modèle visait à réunir anciens belligérants et acteurs politiques dans un gouvernement d’unité nationale pour tourner la page de la guerre.
Sur le plan biographique, ces figures incarnaient les différentes sensibilités du pays. Azarias Ruberwa, juriste de formation, représentait la rébellion du RCD soutenue à l’Est ; Jean-Pierre Bemba, ancien chef du MLC, était une figure majeure politico-militaire du nord du pays ; Arthur Z'ahidi Ngoma, professeur d’université, incarnait une opposition politique plus civile ; tandis que Abdoulaye Yerodia Ndombasi, diplomate expérimenté et proche de Laurent-Désiré Kabila, représentait le pouvoir en place.
En termes de réalisations, chaque vice-président a contribué, avec des résultats variables, à la stabilisation du pays. Azarias Ruberwa a participé au processus d’intégration des forces armées et à la réforme du secteur de la sécurité, étape clé pour la réunification nationale. Jean-Pierre Bemba, chargé de l’économie et des finances, a accompagné les premières tentatives de relance économique et de normalisation des institutions financières. Arthur Z'ahidi Ngoma a contribué à la réouverture de l’espace politique et à la relance des activités socio-culturelles. Quant à Abdoulaye Yerodia Ndombasi, il a œuvré dans les domaines de la diplomatie, de la reconstruction et du repositionnement international de la RDC.
La principale force du système “1+4” résidait dans son caractère inclusif. Il a permis de mettre fin à une guerre ouverte, d’instaurer une cohabitation entre anciens ennemis et de préparer les premières élections démocratiques de 2006. Ce partage du pouvoir a également favorisé la réunification administrative du pays et le retour progressif de la légitimité institutionnelle. Il s’agissait d’un compromis politique nécessaire pour éviter une reprise des hostilités.
Cependant, ce modèle a aussi montré ses limites. La cohabitation entre acteurs aux intérêts divergents a souvent entraîné des blocages institutionnels, un manque de cohérence dans l’action gouvernementale et une méfiance persistante entre les parties. L’absence d’une véritable chaîne de commandement unifiée, notamment dans le domaine sécuritaire, ainsi que la lenteur des réformes ont freiné les résultats attendus. Malgré ces faiblesses, le système “1+4” reste une expérience majeure dans l’histoire politique congolaise, ayant permis d’ouvrir la voie à un ordre constitutionnel post-conflit.
Lecture de Séraphin Mongane Nshakali
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