Le débat autour du changement ou de la révision de la Constitution en République Démocratique du Congo prend une tournure résolument ecclésiastique et morale. S’adressant directement aux leaders religieux et pasteurs qui ont publiquement pris position en faveur d'une modification de la loi fondamentale, le leader de l'opposition Martin Fayulu a choisi de déplacer le curseur de la confrontation politique vers le terrain de l'éthique spirituelle. Par une formule choc aux accents bibliques, le président de l'Engagement pour la Citoyenneté et le Développement (ECiDé) tente de fragiliser la caution morale que certains serviteurs de Dieu apportent à la dynamique portée par la majorité présidentielle.
L'offensive sémantique de l’opposant s'appuie sur une interrogation rhétorique destinée à mettre les chefs spirituels face à leurs responsabilités vis-à-vis de leurs fidèles : *« Est-ce que l'Éternel peut vous demander de dire des bêtises ? Dieu n'aime pas des bêtises »*. En qualifiant le projet de révision constitutionnelle de « bêtises », Fayulu dépouille l'initiative de toute légitimité intellectuelle ou politique. Il suggère implicitement que les arguments avancés pour justifier la refonte des textes — tels que l'adaptation des institutions aux réalités du pays — ne sont que des subterfuges contraires à la vérité et à la justice divine.
Pour porter l'estocade, Martin Fayulu a recours à une référence biblique très populaire et ancrée dans l'imaginaire collectif congolais, tirée de l'Évangile de Matthieu : *« Vous ne pouvez pas servir à la fois Dieu et Mammon »*. Dans le contexte de la crise actuelle, l'évocation de Mammon, divinité de l'argent et de l'avidité matérielle, résonne comme une accusation à peine voilée de corruption et de compromission financière à l'égard de ces chefs religieux. L'opposant accuse à mots découverts une partie du clergé d'avoir sacrifié sa mission de guide moral de la nation sur l'autel d'intérêts mercantilistes et de faveurs politiques concédées par le pouvoir en place.
Cette sortie médiatique met en lumière le rôle historique et pivot que jouent les confessions religieuses dans la légitimation ou la contestation des régimes politiques en RDC. Conscient que la population congolaise est profondément croyante et hautement sensible aux mots d'ordre venus des chaires, Fayulu cherche à créer une rupture de confiance entre les fidèles et les pasteurs jugés trop proches de la ligne gouvernementale. Pour l'opposition, l'objectif est d'empêcher le pouvoir de s'offrir un blanc-seing spirituel pour faire sauter les verrous constitutionnels, notamment ceux liés à la limitation des mandats présidentiels.
Le positionnement des hommes d'Église face à ce grand projet institutionnel continue de diviser profondément la société civile. Tandis que certaines figures ecclésiastiques estiment de leur devoir d'accompagner les réformes de l'État pour garantir la paix sociale, d'autres structures, à l'instar de la CENCO ou de l'ECC par le passé, rappellent régulièrement la sacralité des textes et les risques de dérive démocratique. En durcissant le ton et en théologisant le débat, Martin Fayulu accentue la pression sur ces leaders, les plaçant devant un choix binaire entre la fidélité aux principes de vérité ou l'alignement sur l'agenda politique de la majorité.
En fin de compte, la déclaration de Martin Fayulu confirme que la bataille pour la Constitution se jouera autant dans les consciences religieuses que dans les hémicycles parlementaires. En appelant les clercs à se ressaisir et à refuser le culte de « Mammon », l'opposition tente de dresser un cordon sanitaire moral autour du projet de changement constitutionnel. Alors que les tensions politiques s'intensifient à travers le pays, la réaction et le positionnement futur des grandes églises face à ce recadrage cinglant seront déterminants pour la suite de la dynamique politique nati
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