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Politique

L'Ombre de l'Absent : Joseph Kabila Laissé à l'Écart des Grandes Manœuvres de Bujumbura

Par Rédaction Jambo
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La photo de famille historique immortalisée sur le parvis du palais présidentiel burundais cache des zones d'ombre politiques majeures. Alors que la première phase des consultations s'est clôturée ce lundi sous l'égide d'Évariste Ndayishimiye, une absence de taille redessine les contours de la diplomatie régionale. L'ancien président Joseph Kabila Kabange, aujourd'hui considéré comme l'un des opposants les plus influents au régime de Félix Tshisekedi, n'a pas été convié à cette table de négociations pourtant cruciale pour l'avenir de la nation.

Cette mise à l'écart suscite une profonde incompréhension, d'autant que le camp de l'ancien chef de l'État n'a cessé de multiplier les appels en faveur d'un dialogue politique inclusif ces derniers mois. Les critères de sélection de la diplomatie burundaise interrogent les observateurs. En choisissant d'exclure la figure de proue de la transition de 2018, la médiation prend le risque calculé de mener un processus à géométrie variable qui pourrait manquer de poids lors de la mise en œuvre des résolutions finales.

La cartographie des invitations confirme ce ciblage restrictif opéré par le président burundais Évariste Ndayishimiye. Si le présidium de la coalition C64, le tandem religieux de la CENCO-ECC et les délégués des Églises de réveil ont eu droit au chapitre, de vastes pans de l'échiquier politique sont restés à la porte. C'est notamment le cas du mouvement « Sauvons la RDC », une plateforme de premier plan qui regroupe plusieurs figures politiques d'envergure nationale, dont l'ancien président de la République en personne.

Dans l'entourage immédiat de Joseph Kabila, le ton est rapidement monté à l'annonce de ces discussions sélectives. Plusieurs collaborateurs et lieutenants de la Kingakati affichent publiquement de sérieuses réserves quant à la viabilité de l'initiative burundaise. Selon eux, aucun compromis politique ne pourra produire de résultats durables ou pacifier l'espace public si l'ensemble des acteurs historiques et représentatifs de la crise n'est pas formellement associé à la table des discussions.

Cette mise à l'écart de l'ancien Raïs relance immédiatement les spéculations sur les coulisses des relations entre Kinshasa et Bujumbura. Pour de nombreux analystes, l'absence de Joseph Kabila pourrait être le fruit d'une exigence discrète mais ferme du pouvoir en place à Kinshasa, peu enclin à offrir une tribune internationale à son prédécesseur. En verrouillant l'accès au dialogue, la médiation semble avoir donné des gages de neutralité bienveillante envers le gouvernement actuel de la RDC.

Sur le plan strictement politique, cet événement jette un froid polaire sur les chances d'une décrispation nationale à Kinshasa. La perspective d'une réconciliation politique ou d'un rapprochement de façade entre Félix Tshisekedi et Joseph Kabila semble s'éloigner un peu plus à l'horizon. Les deux hommes, dont la coalition de gouvernement avait volé en éclats au début du premier mandat, s'enferment désormais dans des postures d'affrontement idéologique et de rupture totale.

L'exclusion du mouvement « Sauvons la RDC » pourrait également avoir des répercussions sur la légitimité même des accords en cours de rédaction à Bujumbura. Une frange importante de l'opinion publique congolaise estime que l'absence de la famille politique de Kabila fragilise la portée du message de cohésion nationale voulu par les chefs religieux présents. Un dialogue qui exclut l'une des principales forces d'opposition court le risque d'être perçu comme un simple arrangement entre partenaires choisis.

Alors que les rideaux tombent sur ce premier round et que les délégations s'apprêtent à regagner leurs bases respectives, Bujumbura va devoir gérer le service après-vente de cette diplomatie sélective. Le peuple congolais, confronté à des défis sécuritaires immenses à l'est du pays, observe ces calculs de positionnement avec une lassitude grandissante. La suite du calendrier politique dira si l'absence volontaire de Joseph Kabila aura été un détail de parcours ou le vice de forme qui condamnera l'initiative de Bujumbura.


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