La République démocratique du Congo ne manque ni de ressources, ni de potentiel humain, ni d’intelligence. Ce qui lui manque surtout, c’est une concentration collective sur les priorités nationales. Depuis des années, une partie de la classe politique congolaise entraîne l’opinion publique dans des controverses qui occupent l’espace médiatique, divisent la population et détournent l’attention des véritables urgences du pays. Pendant que nous nous disputons sur des questions parfois sans impact immédiat sur la vie quotidienne, d’autres nations transforment leurs ressources, leur jeunesse et leur technologie en puissance économique.
Le premier faux débat concerne les origines et l’identité des communautés congolaises, particulièrement dans l’Est du pays. Les débats autour des Banyamulenge, des migrations anciennes, des recensements coloniaux et de l’appartenance historique de certaines communautés ne doivent pas devenir un instrument permanent de division. L’histoire mérite d’être étudiée avec rigueur par les historiens, les chercheurs et les institutions compétentes. Mais la classe politique doit éviter d’en faire une arme électorale. La véritable question est plutôt de savoir comment garantir la citoyenneté, la sécurité, l’égalité devant la loi et la coexistence pacifique entre tous les Congolais.
Le deuxième faux débat concerne les manifestations comme principal moyen d’expression politique. Manifester est un droit dans le respect de la loi, mais une nation ne peut pas construire son avenir uniquement à travers des mobilisations, des marches, des meetings et des affrontements politiques. La question fondamentale devrait être : après la manifestation, quelle solution concrète proposons-nous pour l’emploi, l’éducation, la santé, l’agriculture, l’électricité et la sécurité ? La démocratie doit produire des politiques publiques, des résultats et des institutions solides, pas seulement des slogans.
Le troisième faux débat est celui du dialogue politique permanent. Le dialogue peut être nécessaire lorsqu'il permet de résoudre une crise réelle, de rechercher un compromis ou de renforcer la paix. Mais transformer continuellement le dialogue en solution magique aux problèmes du pays risque de nous enfermer dans un cycle interminable de négociations politiques. La RDC doit aussi apprendre à faire fonctionner normalement ses institutions, à respecter les lois et à évaluer les dirigeants sur leurs résultats plutôt que sur leur capacité à participer à des arrangements politiques.
Le quatrième faux débat est celui du changement de la Constitution. Une Constitution peut évidemment être révisée selon les procédures prévues par la loi fondamentale. Mais ce sujet ne devrait pas devenir l’unique centre de gravité du débat national au point d’éclipser les problèmes quotidiens de millions de Congolais. Avant de mobiliser toute l’énergie nationale autour d’une réforme constitutionnelle, posons-nous des questions simples : avons-nous suffisamment d’écoles ? Nos hôpitaux fonctionnent-ils correctement ? Nos routes sont-elles praticables ? Notre économie crée-t-elle suffisamment d’emplois ? Notre système judiciaire protège-t-il réellement les citoyens ?
Le cinquième faux débat concerne les querelles permanentes autour du passé politique et des responsabilités historiques. Il faut connaître notre histoire, rendre justice aux victimes et tirer des leçons du passé. Mais une nation qui passe tout son temps à regarder dans le rétroviseur risque de ne pas voir les opportunités qui se trouvent devant elle. Nous devons transformer notre mémoire historique en force pour construire l’avenir. Le Congo de demain ne sera pas construit uniquement avec les discours sur hier, mais avec des décisions courageuses prises aujourd’hui.
Le sixième faux débat est la personnalisation excessive de la politique. Pendant que les Congolais discutent interminablement de la personnalité de tel président, de tel opposant, de tel ancien ministre ou de tel leader, les véritables politiques publiques passent au second plan. Le problème n’est pas seulement de savoir qui parle le mieux, qui possède le meilleur slogan ou qui est le plus populaire sur les réseaux sociaux. Il faut plutôt demander : quel programme possède-t-il ? Quels résultats a-t-il obtenus ? Quelle vision économique propose-t-il ? Comment compte-t-il créer des emplois et améliorer la sécurité ?
Face à ces distractions, la RDC devrait concentrer son intelligence collective sur dix grandes questions stratégiques. Premièrement, comment industrialiser nos ressources naturelles au lieu de simplement les exporter ? Deuxièmement, comment transformer notre agriculture pour garantir la sécurité alimentaire et devenir un grand exportateur agricole ? Troisièmement, comment fournir une électricité fiable à l’ensemble du pays ? Quatrièmement, comment moderniser nos routes, nos chemins de fer, nos ports et nos infrastructures numériques ? Cinquièmement, comment créer des millions d’emplois pour la jeunesse ?
Sixièmement, comment bâtir un système éducatif capable de former des ingénieurs, médecins, scientifiques, entrepreneurs et spécialistes de haut niveau ? Septièmement, comment développer une véritable industrie numérique congolaise capable de rivaliser avec les marchés africains et mondiaux ? Huitièmement, comment protéger nos forêts, notre biodiversité et nos ressources en eau tout en développant une économie verte ? Neuvièmement, comment renforcer durablement l’armée, la police, la justice et l’administration afin de garantir la sécurité et l’État de droit ? Dixièmement, comment faire de la RDC une puissance économique, scientifique, culturelle et diplomatique capable de peser réellement sur les affaires du continent et du monde ?
La classe politique congolaise doit donc comprendre que la population mérite mieux que des polémiques permanentes. Elle mérite des débats sur le prix de l’électricité, la qualité de l’école, l’accès aux soins, la création d’emplois, la transformation des minerais, la modernisation des villes, l’agriculture, la technologie et la sécurité. Le rôle d’un responsable politique ne devrait pas être de maintenir constamment la population dans la confrontation, mais de lui présenter une vision crédible et mesurable de l’avenir.
Le peuple congolais a également une responsabilité majeure : mieux choisir ses dirigeants. Il faut apprendre à dépasser les appartenances tribales, régionales, religieuses ou émotionnelles pour examiner les compétences, l’intégrité, le bilan, le programme et la vision de chaque candidat. Avant d’applaudir un politicien, demandons-lui ce qu’il compte faire avec les ressources du pays. Avant de partager une polémique sur les réseaux sociaux, demandons-nous si elle améliore réellement notre société. Avant de voter, demandons-nous si nous choisissons une personne capable de transformer la RDC ou simplement quelqu’un capable de bien parler.
La RDC possède plus de 100 millions d’habitants, d’immenses ressources minières, un potentiel agricole considérable, un patrimoine forestier exceptionnel et une position géographique stratégique au cœur de l’Afrique. Le véritable défi n’est donc pas de savoir qui gagnera la prochaine polémique, mais comment transformer ce potentiel en puissance réelle. Notre pays ne doit plus être seulement présenté comme un scandale géologique ; il doit devenir une puissance industrielle, agricole, énergétique, technologique et humaine.
À la classe politique congolaise, le message est simple : cessez de distraire le peuple avec des débats sableux et concentrez-vous sur les débats qui construisent une nation. La RDC n’a plus besoin d’une génération de politiciens spécialistes des controverses ; elle a besoin de dirigeants capables de penser à 10, 20 ou 30 ans. Le peuple doit également refuser d’être constamment entraîné dans des polémiques qui ne changent rien à son quotidien. Notre intelligence collective doit servir à construire le Congo, pas à nous diviser davantage.
Le Congo a suffisamment parlé de ses querelles. Il est temps de parler de sa puissance. 🇨🇩
Lecture de Séraphin Mongane ✍️
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