Sud-Kivu : la fermeture de l’axe Uvira–Bukavu accentue l’isolement d’une province déjà fragilisée par la guerre
La décision des autorités du Sud-Kivu de suspendre la circulation sur l’axe routier reliant Uvira à Bukavu via Sange, Luvungi et Kamanyola suscite de nombreuses réactions dans la province. Annoncée le samedi 9 mai 2026 par le vice-gouverneur Jean Jacques Elakano lors des obsèques du colonel David Bisimwa, cette mesure intervient dans un contexte sécuritaire extrêmement tendu dans la plaine de la Ruzizi.
Selon l’autorité provinciale, cette fermeture vise à limiter les mouvements et les activités des groupes armés présents dans la zone, notamment les éléments du M23 accusés d’utiliser cet axe stratégique pour surveiller les déplacements des forces gouvernementales et des combattants Wazalendo engagés sur le terrain.
Le colonel David Bisimwa, tombé au front à Kigurwe, a été présenté comme l’une des figures engagées dans la défense du territoire face à l’insécurité persistante. Lors de la cérémonie funéraire, les autorités provinciales ont également annoncé le lancement prochain d’opérations de contrôle sécuritaire, incluant des fouilles ciblées dans certains quartiers d’Uvira.
Mais au-delà de l’aspect militaire, cette décision relance le débat sur l’importance vitale de la route Uvira–Bukavu pour la survie économique et sociale du Sud-Kivu. Depuis plusieurs mois, la guerre et l’insécurité ont considérablement affaibli les principales voies reliant la ville de Bukavu au reste de la province et du pays.
L’axe Bukavu–Goma reste perturbé par les affrontements armés et les tensions dans le Nord-Kivu. Plusieurs routes secondaires sont devenues difficilement praticables à cause de l’insécurité, des barrières illégales et du mauvais état des infrastructures. Dans ce contexte, la route passant par Uvira, Kamanyola et la plaine de la Ruzizi représentait encore l’un des corridors essentiels pour le transport des personnes, des produits alimentaires et des marchandises entre le sud de la province et la ville de Bukavu.
Sa fermeture risque ainsi d’accentuer davantage l’isolement de plusieurs localités, tout en aggravant les difficultés économiques des populations déjà affectées par la hausse des prix, les déplacements forcés et la paralysie des activités commerciales.
Les autorités assurent néanmoins que cette mesure restera temporaire et qu’elle sera levée après le rétablissement de la sécurité dans la zone ainsi que le retrait des groupes armés signalés dans la plaine de la Ruzizi.
Dans le même temps, un appel a été lancé aux habitants ayant quitté Uvira pour se réfugier vers Kamanyola et Bukavu afin de regagner leurs domiciles dans un délai de 48 heures. Les personnes soupçonnées de collaboration avec les groupes armés ont également été invitées à quitter la ville avant les opérations sécuritaires annoncées par les autorités provinciales.
Alors que les tensions persistent dans plusieurs territoires du Sud-Kivu, la fermeture de cet axe stratégique illustre une nouvelle fois les lourdes conséquences de la guerre sur la mobilité, l’économie et la vie quotidienne des populations de l’est de la RDC.
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