La scène politique en République Démocratique du Congo vient d'offrir un nouveau duel de rhétorique dont elle seule a le secret. Au cœur de cette passe d'armes, une sortie fracassante d'Augustin Kabuya, Secrétaire Général de l'Union pour la Démocratie et le Progrès Social (UDPS). Ce dernier a tenté de délégitimer la parole des dirigeants de l'Église catholique sur les affaires de l'État en brandissant un argument pour le moins insolite : leur célibat. Selon lui, n'étant pas mariés, les prêtres n'auraient pas le droit de cité sur les questions cruciales qui engagent l'avenir de la nation.
La réplique ne s'est pas fait attendre et elle est venue d'une des voix les plus acérées de l'épiscopat congolais. Monseigneur Donatien Nshole, Secrétaire Général de la CENCO, a balayé d'un revers de main cette attaque qu'il juge d'une légèreté déconcertante. Avec le calme olympien et le sens de la formule qui le caractérisent, le prélat a choisi de renvoyer son interlocuteur à l'absurdité de sa propre logique. Une réponse brève, mais lourde de sens, visant à décoder ce qu'il qualifie de simple stratégie de diversion politique.
« *Donc un célibataire ne doit pas parler sur les questions nationales ?* », s'est d'abord interrogé Monseigneur Nshole, pointant du doigt le ridicule d'une telle conditionnalité civique. En RDC, la liberté d'expression et la participation au débat public sont des droits constitutionnels garantis à chaque citoyen, indépendamment de son statut matrimonial. En tentant de réduire le droit de parole des évêques à leur choix de vie ecclésiastique, le parti au pouvoir s'attaque, selon les observateurs, aux fondements mêmes du débat démocratique.
Poussant le raisonnement de son détracteur jusqu'à l'absurde, le haut prélat a immédiatement enchaîné sur le dossier brûlant du moment : le projet de révision constitutionnelle. « *S'ils veulent changer la constitution, est-ce qu'on y écrira que seul le marié a le droit de parole ?* », a-t-il lancé avec une ironie mordante. Cette phrase met en lumière l'incongruité de l'argument de l'UDPS face aux enjeux majeurs du pays, suggérant que le débat sur la Loi fondamentale exige de la hauteur d'esprit plutôt que des attaques ad hominem.
Pour Monseigneur Nshole, cette sortie du Secrétaire Général du parti présidentiel ne mérite pas qu'on s'y attarde outre mesure, la qualifiant de simple spectacle distrayant. « *Non, il amusait la galerie* », a-t-il conclu, reléguant les propos d'Augustin Kabuya au rang de bruits de couloir sans épaisseur politique. Par cette formule, la CENCO refuse de se laisser entraîner dans la boue des invectives personnelles et réaffirme son rôle de vigie sociopolitique, insensible aux intimidations ou aux moqueries.
Au-delà de l'anecdote, cet échange illustre une fois de plus les tensions persistantes entre l'Église catholique et le pouvoir en place à Kinshasa. Alors que le pays traverse une période d'incertitudes politiques et de débats houleux autour de l'avenir des institutions, la CENCO rappelle qu'elle continuera d'intervenir sur les questions nationales. Qu'ils soient mariés ou célibataires, les pasteurs congolais entendent bien garder leur rôle de guides et de critiques, n'en déplaise à ceux qui tentent de les faire taire.
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