Le débat sur une éventuelle révision de la Constitution du 18 février 2006 prend une tournure plus incisive avec l'entrée en scène d'Azarias Ruberwa. Acteur clé de la transition qui a accouché de l'actuelle Loi fondamentale, l'ancien vice-président de la République a brisé le silence pour adresser une mise en garde explicite au président Félix Tshisekedi. Pour lui, toucher aux piliers de ce texte ne relève pas d'une simple manœuvre politique, mais d'une ligne rouge dont le franchissement pourrait coûter cher au chef de l'État.
L'argument central de Ruberwa repose sur la légitimité historique et inclusive de la Constitution actuelle. Il réfute vigoureusement l'idée que ce texte serait l'apanage des anciens belligérants ou le résultat d'un partage de gâteau entre chefs de guerre. Au contraire, il insiste sur le fait que la Constitution est le fruit d'un consensus national global, élaboré par les filles et fils du Congo pour stabiliser un pays meurtri par des années de dictature et de conflits fratricides.
En affirmant que cette Constitution n'est pas un héritage exclusif des signataires des accords de paix de Sun City, l'ancien ministre souligne sa portée transcendante. Pour Ruberwa, vouloir modifier ce socle institutionnel au moment où le pays fait face à des défis sécuritaires et économiques immenses s'apparente à une aventure périlleuse. Il rappelle que la stabilité actuelle du pays repose, malgré ses imperfections, sur le respect de ces règles du jeu partagées par la nation entière.
C’est sur le terrain des conséquences politiques que l’avertissement de l’ancien leader du RCD se fait le plus tranchant. Ruberwa n’y va pas par quatre chemins : il prévient que si le président Tshisekedi persistait dans sa volonté de modifier la Constitution, il s'exposerait à une sanction sévère de la part du peuple et de l'histoire. Il évoque explicitement le risque d'une éviction du pouvoir, affirmant que le chef de l'État pourrait être écarté, « de gré ou de force », s'il venait à fouler aux pieds la volonté populaire.
Cette prise de position témoigne de la nervosité qui gagne les cercles politiques à Kinshasa à mesure que les rumeurs sur un changement constitutionnel s'intensifient. La sortie de Ruberwa est d'autant plus significative qu'elle émane d'une figure qui, bien que retraitée de la première ligne, conserve une aura de sage au sein de la sphère politique congolaise. Son message résonne comme un appel à la prudence, exhortant le pouvoir en place à privilégier la consolidation des acquis plutôt que la révision de la loi fondamentale.
En somme, Azarias Ruberwa se positionne comme un défenseur intransigeant du verrouillage institutionnel en RDC. À travers ses propos, c'est tout le camp de l'opposition et de la société civile hostile à tout changement constitutionnel qui trouve un nouvel argumentaire pour mobiliser les masses. Reste à savoir si cette mise en garde sera entendue par le Palais de la Nation ou si elle sera perçue comme un simple épisode supplémentaire dans la bataille de tranchées qui s'annonce autour de la Constitution.
Considérez-vous que l'implication d'anciennes figures de la transition, comme Azarias Ruberwa, a un poids réel pour influencer les décisions du pouvoir actuel sur des questions aussi stratégiques que la Constitution ?
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