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Sciences et technologies

IA au Kenya: derrière les entreprises de sous-traitance, l'essor d'une nouvelle classe ouvrière

Par Rédaction Jambo
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Comme tous les jours de la semaine depuis plusieurs années, Claude [le prénom a été modifié] prend son poste au siège de Sama, sur Mombasa Road, à Nairobi. Devant son écran, elle annote, filtre et classe des contenus destinés à entraîner des systèmes d’intelligence artificielle pour Meta, maison mère de Facebook. Ici, les équipes y modèrent des contenus publiés sur les réseaux sociaux à travers l’Afrique : vidéos, messages, images ou publications signalées comme contraires aux règles de la plateforme. 

En pleine journée de travail, une notification tombe : une réunion « urgente » est convoquée pour l’ensemble des équipes. « Ils ont appelé tout le monde pour un "baraza", une réunion générale », raconte-t-elle au bout du fil. Dans la salle de l’entreprise, les employés s’entassent, suivi des membres de la direction – dont la vice-présidente, Annepeace Alwala. L’annonce tombe rapidement : « Ils ont dit que le client s’était retiré et que le dernier jour de travail serait le 22 avril 2026 », poursuit Claude.

Pour beaucoup d'ouvriers de la donnée, la suite paraît évidente : la fin du projet signifie la fin du travail. « On était tous choqués », dit Claude. « On ne pensait pas que c’était si simple de perdre son emploi. Tu te demandes directement comment tu vas payer le loyer, les factures d’eau, d’électricité, subvenir aux besoins de ta famille... » Le reste de l'après midi, dit-elle, « tout le monde ne parlait que de ça ». « Apparemment les ouvriers n'étaient même plus capables de travailler ». 

Dès septembre, l'entreprise aurait diminué la durée des contrats

Dans un communiqué publié dans la foulée et consulté par RFI, Sama confirme la fin de sa collaboration avec Meta « à la fin du mois d’avril 2026 », sans fournir davantage d’explications sur cette décision. L’entreprise indique avoir émis une notification formelle de licenciement concernant 1 108 employés, affirmant accompagner les salariés « avec soin et respect », selon les mots de la vice-présidente. Meta, de son côté, affirme que Sama « ne respectait pas [ses] standards », ce que cette dernière conteste fermement, affirmant avoir toujours respecté les exigences. Contactée par RFI, l’entreprise américaine de Mark Zuckerberg n’avait pas répondu à nos sollicitations, à l'heure de la publication de cet article.

Selon Sama, le plan de licenciement aurait par ailleurs été déposé le jour même auprès des autorités compétentes au Kenya, une procédure dont le ministère du Travail, sollicité, n’a pas confirmé la date. Selon l’Employment Act, 2007, le licenciement massif doit être précédé d’une consultation avec le ministère du Travail et les représentants des employés, qui prend généralement 2 à 4 semaines avant que les licenciements puissent être mis en œuvre.

Pour les salariés, les modalités du licenciement se précisent progressivement. « Tous ceux qui travaillaient sur ce site ont reçu un préavis », explique Claude. « Ça voulait dire que tout le monde allait être licencié. » Mais tous ne sont pas concernés de la même manière. Les employés en contrat de courte durée reçoivent un préavis rapide. D’autres, sous contrats dits « ouverts », entrent dans une phase de consultation. « Ceux en contrat ouvert ont eu leur réunion de consultation le 5 mai et leur dernier jour de travail sera le 18 mai », précise l'ex-modératrice. « Ils ne viennent plus vraiment au bureau, sauf pour les consultations. » 

Pour elle, pourtant, cette décision n’a rien d’une surprise totale. Depuis plusieurs mois déjà, les signes d’un désengagement se multipliaient. « En décembre 2025, il y a déjà eu un groupe dont les contrats n’ont pas été renouvelés », raconte-t-elle. Peu à peu, les conditions d’embauche changent. Là où certains salariés disposaient auparavant de contrats annuels, l’entreprise commence à proposer des engagements de trois mois, puis d’un mois seulement. « Les personnes en contrats ouverts semblaient plus protégées », explique Claude. « Mais la majorité des salariés étaient en contrats courts (...) Ceux qui avaient un contrat d’un mois n’ont jamais été renouvelés. » 

Au début de l’année 2026, un message interne annonce également qu’aucune augmentation salariale ne sera accordée pour l’année à venir. Un message envoyé, selon elle, au début de l’année — probablement en février — mais auquel elle n’a plus accès aujourd’hui, sa messagerie professionnelle étant désactivée.

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