URGENT Saisine de la CIJ : Le Dr Denis Mukwege salue la démarche de la RDC mais exige l'activation de la CPI et du rapport Mapping !
Actualités générales

Quand l'histoire se dessine à géométrie variable : Le visuel des 66 ans de l'indépendance de la RDC fait polémique

Par Rédaction Jambo
5 vues

La commémoration du 66ᵉ anniversaire de l’indépendance de la République Démocratique du Congo continue de faire couler beaucoup d'encre, et pas seulement pour ses annonces juridiques ou monétaires. Cette fois, c'est une image officielle qui a mis le feu aux poudres sur l'espace virtuel congolais. Un visuel publié par le ministère de la Jeunesse et Éveil patriotique, censé célébrer l'unité nationale et rendre hommage aux bâtisseurs du pays, s'est instantanément transformé en un terrain de discorde politique majeure en raison d'un choix iconographique pour le moins sélectif.

Le point de friction cristallise toutes les attentions : l'absence remarquable et remarquée de l'ancien président Joseph Kabila Kabange sur l'affiche commémorative. Alors que la fresque graphique aligne plusieurs figures historiques majeures ayant assumé la magistrature suprême de l’État, le nom et le visage de celui qui a dirigé le pays pendant près de dix-huit ans ont été purement et simplement gommés. Cette omission volontaire ou fortuite n’a pas manqué de frapper les internautes, déclenchant un débat passionné sur la neutralité des institutions.

Pour une large frange d'observateurs de la scène politique et de professionnels des médias, cette création graphique s'apparente à une faute lourde de communication institutionnelle. Ils rappellent qu'un ministère de la République, lorsqu'il s'exprime au nom de la mémoire collective et de l'État, se doit d'arborer une posture d'impartialité et de rigueur historique absolue. Écarter un ancien chef d'État, qui plus est l'acteur clé de la toute première transition pacifique et démocratique du pouvoir en 2019, est perçu comme une tentative maladroite de réécrire le récit national au gré des tensions politiques actuelles.

À l'inverse, des partisans de la mouvance officielle et certains internautes ont pris la défense de la cellule de communication du ministère, plaidant la thèse de la liberté éditoriale et des contraintes graphiques. Selon cette ligne de défense, un visuel de célébration n'a pas la prétention d'être un manuel d'histoire exhaustif ni une encyclopédie exhaustive de tous les dirigeants de la RDC. Ils estiment que le choix des figures représentées relève d'une direction artistique propre, visant à mettre en avant des symboles spécifiques du patriotisme plutôt qu'à respecter une stricte parité chronologique.

Cet incident visuel intervient dans un climat politique global déjà extrêmement polarisé à Kinshasa, marqué par des restrictions de libertés et des passes d'armes répétées entre la majorité au pouvoir et l'opposition. Dans ce contexte de haute tension, le moindre symbole acquiert une résonance démultipliée. Pour les partisans de l'ancien régime, ce gommage iconographique n'est que le reflet d'une volonté systémique du pouvoir en place de diaboliser ou de rendre invisible l'héritage de Joseph Kabila, exacerbant ainsi le sentiment de rupture et de persécution politique.

Le débat autour de cette affiche pose une question de fond bien plus vaste que le simple agencement d'une campagne de communication sur les réseaux sociaux : celle de la sacralité de l'histoire d'une nation. En choisissant d'exclure un pan entier de la trajectoire contemporaine du pays sur un document officiel de souveraineté, le ministère de la Jeunesse prend le risque de fragiliser son propre message d'« éveil patriotique ». Le patriotisme, pour être fédérateur, doit s'adresser à tous les Congolais et englober l'histoire de la République dans toutes ses nuances, sans sélection partisane.

L'impact de ce bad buzz démontre la maturité et la vigilance accrues de l'opinion publique congolaise sur les plateformes numériques. Les citoyens refusent désormais de consommer passivement la communication d'État et analysent avec une acuité critique les messages délivrés par les autorités. Cette levée de boucliers virtuelle prouve que la mémoire historique de la RDC est un patrimoine commun jalousement gardé par la population, qui tolère difficilement que les querelles d'acteurs politiques interfèrent avec les symboles de l'unité nationale.

En conclusion, la controverse née de ce visuel du 30 juin rappelle que la communication publique est un exercice d'équilibriste permanent, où l'esthétique ne doit jamais l'emporter sur la vérité historique. Qu'il s'agisse d'une maladresse graphique ou d'un acte politique délibéré, cette omission aura réussi à détourner l'attention du message de cohésion initialement recherché en cette fête de l'indépendance. Pour l'avenir, les institutions congolaises gagneraient à traiter l'histoire de l'État de manière inclusive, garantissant ainsi que les commémorations nationales demeurent des moments de communion plutôt que des sources de division.


Réactions (0)

Laissez un commentaire

Soyez le premier à réagir à cet article.

Restez informé !

Recevez nos articles directement dans votre boîte mail.