Ce que révèlent les études scientifiques
Une étude publiée en 2026 dans la revue Nature Communications établit que la chaîne d'exportation du cobalt congolais aurait laissé sortir, de manière non comptabilisée, entre 2 000 et 5 000 tonnes d'uranium entre 2023 et 2026. La raison est géologique : dans le Copperbelt katangais, l'uranium est naturellement associé aux minerais de cobalt oxydé, notamment à proximité de l'ancien site de Shinkolobwe, dont l'uranium avait servi à la fabrication des bombes larguées sur Hiroshima et Nagasaki. Les procédés hydrométallurgiques utilisés pour extraire le cobalt ne permettent pas toujours de séparer l'uranium, qui se retrouve alors concentré dans l'hydroxyde de cobalt brut, la forme sous laquelle plus de 95 % de la production congolaise est exportée.
Autrement dit, sans qu'aucune vente d'uranium ne soit officiellement organisée, une partie de ce minerai stratégique et sensible quitte déjà le pays, mêlée à des cargaisons de cobalt destinées à l'industrie des batteries et de l'électronique mondiale.
Le cas CMOC, symptôme d'un problème plus large
Une enquête du Financial Times a par ailleurs révélé que la mine de cobalt de Tenke Fungurume, exploitée par le groupe chinois CMOC, a dépassé à plusieurs reprises les seuils légaux congolais de concentration en uranium entre 2016 et 2020, selon des documents internes cités par le journal. CMOC dément toute anomalie et affirme se conformer aux normes en vigueur. D'autres exploitants du secteur, dont Glencore et Eurasian Resources Group, avaient par le passé suspendu ou ajusté leur production après avoir constaté des problèmes similaires sur leurs propres sites.
Un risque sécuritaire pris au sérieux par les autorités congolaises
Le directeur de l'Agence congolaise de sûreté nucléaire (CNPRI), Florimond Kabanda, cité par le Financial Times, considère que le trafic de matières radioactives constitue une menace sécuritaire internationale croissante, aggravée par le conflit qui touche l'Est du pays. Dans une région déjà fragilisée par la présence de groupes armés et par des circuits d'exportation minière peu contrôlés, la possibilité qu'une partie de cet uranium non comptabilisé soit récupérée, revendue ou détournée par des intermédiaires inquiète les partenaires occidentaux de la RDC, au premier rang desquels les États-Unis.
Aucun élément public ne permet aujourd'hui d'affirmer que cet uranium aurait alimenté le programme nucléaire d'un pays sous sanctions, qu'il s'agisse de l'Iran ou de la Corée du Nord. Mais c'est précisément cette incertitude qui constitue le problème : tant que la chaîne d'approvisionnement du cobalt congolais continue de laisser sortir de l'uranium sans traçabilité ni déclaration, la question de sa destination finale restera posée — et le pays restera exposé à des accusations, fondées ou non, qui pèsent sur sa réputation et sur ses relations avec ses partenaires internationaux.
Article rédigé à partir d'une étude scientifique publiée dans Nature Communications, d'une enquête du Financial Times et de vérifications factuelles publiées par Studio Hirondelle RDC.
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