Depuis plusieurs semaines, la ville d'Uvira, chef-lieu de facto du Sud-Kivu depuis la chute de Bukavu, est redevenue l'un des points les plus chauds du conflit dans l'Est de la République démocratique du Congo. Reprise par les FARDC et les Wazalendo en janvier 2026 après un bref épisode d'occupation par l'AFC/M23, la cité lacustre n'a en réalité jamais retrouvé une stabilité durable : les rebelles conservent des positions dans la plaine de la Ruzizi, au nord, et surtout dans les Hauts Plateaux qui surplombent la ville au sud-ouest.
Depuis le 1er juillet 2026, les affrontements se sont multipliés dans les territoires de Fizi, Mwenga et Uvira, où la coalition AFC/M23-Twirwaneho, appuyée par les Forces rwandaises de défense (RDF), a repris l'offensive autour de Minembwe, s'emparant de localités comme Point Zéro et Rugezi. L'armée congolaise affirme avoir depuis repris plusieurs positions clés, mais les combats se poursuivent, avec des attaques de drones signalées sur plusieurs villages et des coupures de télécommunications imposées dans certaines zones du front. Le contrôle définitif d'Uvira et de sa région reste donc, à ce jour, disputé entre les deux camps.
Un verrou stratégique sur la route du Sud
Uvira n'est pas une ville comme les autres. Située au bord du lac Tanganyika et adossée à la frontière burundaise, elle concentre un port, un poste de douane et le carrefour de la route nationale 5 (RN5), l'un des rares axes qui relient l'Est du pays au reste du territoire congolais vers le sud. C'est précisément cette position qui en fait, depuis la première prise de la ville par l'AFC/M23 en décembre 2025, un enjeu dépassant largement le seul Sud-Kivu.
Car au bout de cette route se trouve Kalemie, chef-lieu de la province du Tanganyika, à environ 450 kilomètres au sud d'Uvira. Kalemie est considérée par les analystes militaires comme la dernière grande porte d'entrée vers le Grand Katanga, l'ancienne province minière qui fournirait aujourd'hui l'essentiel des recettes minières du pays. Plusieurs experts régionaux ont déjà souligné qu'un basculement d'Uvira ouvrirait à la coalition rebelle un accès direct au lac Tanganyika et, par la route, à Kalemie, sans grande ligne de défense intermédiaire.
Pourquoi la chute de Kalemie serait un séisme pour Kinshasa
Le scénario redouté par les autorités congolaises est simple : si Uvira tombe durablement et que l'AFC/M23 parvient à descendre l'axe Uvira-Baraka-Fizi-Kalemie, c'est l'ensemble du Grand Katanga qui se retrouverait exposé, par la porte de Kalemie. Une telle avancée toucherait Kinshasa au portefeuille, dans une province qui concentre la quasi-totalité des redevances minières du pays (cuivre, cobalt).
Le dossier est d'autant plus sensible que le Katanga demeure une zone d'influence de l'ancien président Joseph Kabila, aujourd'hui poursuivi par la justice congolaise pour ses liens supposés avec l'AFC/M23. Pour une partie des observateurs, une progression rebelle vers cette région ne serait donc pas qu'une question militaire, mais rouvrirait aussi un dossier politique explosif à Kinshasa.
Conscientes du risque, les autorités ont déjà renforcé Kalemie par plusieurs milliers de soldats et de combattants alliés, redéployés notamment depuis Bujumbura, afin de verrouiller ce qui est désormais présenté comme la ligne de défense ultime avant le Katanga.
Des pourparlers qui peinent à stabiliser le terrain
Les processus de paix de Washington et de Doha, censés encadrer un retrait durable de l'AFC/M23 et une intégration politique du mouvement, n'ont pour l'instant pas empêché la reprise des combats autour d'Uvira. Plusieurs mesures convenues depuis avril 2026 restent, selon des sources proches du dossier, toujours en attente d'application.
Tant que cette situation perdure, Uvira reste ce qu'elle est devenue depuis un an : un baromètre. Tant que la ville et ses hauteurs demeurent disputées, la menace sur Kalemie — et donc sur le Grand Katanga — reste hypothétique. Mais elle n'a jamais paru aussi concrète depuis le début de la crise.
Article rédigé à partir de sources de presse congolaises et internationales suivant l'évolution du conflit dans l'Est de la RDC.
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